Au Nigeria, l'inflation fait basculer 7 millions de personnes dans la pauvreté

Le ralentissement économique et l'augmentation des biens alimentaires observés depuis le début de la pandémie de Covid-19 touchent le monde entier. Mais au Nigeria, cette situation entraîne des millions de personnes vers la pauvreté.

Le ralentissement de la situation économique au Nigeria a fait plonger des millions de familles dans la pauvreté. Certains n’arrivent plus à nourrir correctement leurs enfants en raison de l’augmentation du prix des denrées alimentaires. Beaucoup souffrent de plus en plus de malnutrition.

10 photos de Pius Utomi Ekpei (avril 2021) et Benson Ibeabuchi (juin 2021) illustrent ce propos.

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Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 210 millions d'habitants, est le premier producteur de pétrole d'Afrique. Mais du fait de la pandémie de Covid-19 et de la chute des prix du brut, le pays est entré en récession en 2020.        PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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La production pétrolière est en difficulté depuis le début de la crise sanitaire. En avril 2020, les cours du brut ont chuté en dessous des 20 dollars, puis sont remontés à 60 dollars mi-2021. Mais l’avenir reste sombre pour un pays qui tire plus de la moitié de ses revenus et 90% de ses recettes d’exportation du pétrole. Le 1er juillet 2021, le pays a adopté une réforme pétrolière qui ambitionne de donner un cadre légal et fiscal à l’industrie nigériane du gaz et du pétrole explique "Le Monde".    PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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Si le pays a pu renouer avec une légère croissance début 2021, un rapport de la Banque mondiale indique qu’"en 2020, l'économie nigériane s'est moins rétrécie (-1,8%) que ce qui avait été prévu au début de la pandémie (-3,2%). Mais bien que la croissance ait repris, les prix ont continué d'augmenter rapidement, affectant sévèrement les ménages nigérians." L'organisation financière ajoute que "les prix des denrées alimentaires ont représenté plus de 60% de l'augmentation totale de l'inflation. Et la hausse des prix a poussé en 2020 environ 7 millions de Nigérians sous le seuil de pauvreté".      BENSON IBEABUCHI / AFP
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Un économiste précise à l’AFP qu’avant la pandémie, "les Nigérians dépensaient déjà 60% de leur revenu pour se nourrir" mais avec l'inflation, "on se situe aujourd'hui autour de 70 ou 80%. (…) Et ils ne peuvent plus investir dans leur commerce ou l'éducation, pourtant des leviers pour sortir de la pauvreté." Avec l'Inde, le pays compte le plus grand nombre de pauvres au monde.    BENSON IBEABUCHI / AFP
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Mais au Nigeria, l'inflation ne s'explique pas uniquement par la conjoncture mondiale et la chute des cours du pétrole car chaque année, 40% de la production alimentaire totale est perdue ou gâchée. Dans ce pays, la corruption est endémique, les routes sont dans un état lamentable, le port de Lagos est totalement congestionné, et l'électricité défaillante ne permet pas de conserver convenablement la nourriture.    PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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A cela s'ajoute "l'insécurité galopante", qui empêche les populations de se rendre aux champs dans de nombreuses régions agricoles, dans le centre et le nord-ouest, où sévissent des bandes criminelles, et dans le nord-est, en proie à une rébellion jihadiste. Dans ces régions, le nombre d'enfants sévèrement mal nutris atteint des sommets, et dans certaines localités, il a quasiment doublé en un an. Beaucoup n’hésitent pas à rejoindre Lagos, le cœur économique du pays.    PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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Avant la pandémie et l'envolée des prix, les chiffres étaient déjà alarmants, car un enfant sur trois au Nigeria souffre d'un retard de croissance, et un sur dix d'une malnutrition aiguë ou de maigreur. Soit 17 millions d'enfants. "Chaque jour, nous voyons entre cinq et sept enfants qui souffrent de malnutrition", explique le département nutrition de l'hôpital pour enfants de Massey Street, au cœur du quartier de Lagos Island.      PIUS UTOMI EKPEI / AFP
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Depuis le début de la pandémie, avec les prix des biens alimentaires qui ont augmenté de plus de 22% en moyenne, selon les statistiques officielles, nourrir correctement ses enfants est devenu un défi quotidien pour nombre de famille. Edith Obatuga, 43 ans, mère célibataire avec six enfants à charge, les siens, et ses quatre neveux et nièces, est tombée dans le cercle vicieux de la pauvreté. Après le loyer de sa maison, c'est celui de sa boutique qu’elle ne pouvait plus payer. Elle a quitté son appartement, pour déménager dans la vieille maison de sa défunte mère.   BENSON IBEABUCHI / AFP
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Elle raconte à l’AFP : "Pendant le confinement l'année dernière, les prix ont commencé à augmenter et ne se sont plus jamais arrêtés. On est à bout." Aujourd’hui, elle gagne environ 50 000 nairas par mois (102 euros) en vendant des planches sur le parvis de sa maison, loin des artères commerçantes, ce qui a fait baisser son chiffre d'affaires. Quand ses enfants tombent malades, du paludisme ou de la typhoïde, plus question d'aller à l'hôpital. "Trop cher", dit-elle à l’AFP. Désormais, elle privilégie les remèdes traditionnels comme le jus d'herbes.    BENSON IBEABUCHI / AFP
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Elle a tout fait pour retarder le moment où elle devrait "couper dans les portions", après avoir déjà supprimé les haricots, dont le prix au kilo a augmenté de 60% en un an et "réduit les parts de riz", qui a augmenté d'environ 15%. Mais elle n’a plus le choix et fait le tour des étals du marché de Bariga, un quartier populaire de Lagos, où elle espère trouver un paquet de spaghetti à un prix abordable.      BENSON IBEABUCHI / AFP