Sahel : le président du Niger appelle à un engagement massif des soldats français et européens dans la lutte anti-jihadiste

Dans une interview aux journaux français "La Croix" et "L'Obs", Mohamed Bazoum acte la "mort du G5-Sahel" suite au retrait du Mali de l'organisation régionale.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le président nigérien Mohamed Bazoum (à droite) et le Secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, lors d'une conférence de presse à Niamey, le 2 mai 2022. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Dans un entretien accordé à La Croix et à L’Obs, le président du Niger acte la fin du G5-Sahel, l'organisation militaire conjointe régionale (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), dont le Mali vient d’annoncer son retrait. Mohamed Bazoum appelle à un engagement plus massif et plus résolu des forces françaises et européennes contre les groupes jihadistes.

Le G5-Sahel est "mort"

Le Niger va accueillir dans quelques semaines les soldats français et européens des forces Barkhane et Takuba en train de quitter le Mali. La junte au pouvoir à Bamako, qui ne veut plus de la présence militaire française, a annoncé le 15 mai 2022 son retrait du G5-Sahel, y compris de sa force conjointe anti-jihadiste lancée en 2017 pour protester contre le refus opposé au Mali d'assurer la présidence tournante de cette organisation régionale.

"Le G5-Sahel est mort. Depuis le second coup d'Etat au Mali, Bamako est dans une fuite en avant qui l'isole en Afrique et nous prive d'une stratégie concertée et coordonnée pour lutter contre le terrorisme", déplore le président nigérien. 

"Le départ de la France du Mali, alors qu’elle est un partenaire majeur, nous empêche désormais de coordonner nos actions. L'isolement du Mali en Afrique de l’Ouest est une mauvaise chose pour la sous-région."

Mohamed Bazoum, président du Niger

dans "La Croix"

Dans cette interview, le président nigérien critique la junte malienne issue du putsch de mai 2021. "Notre frontière avec le Mali est aujourd'hui sous la coupe de l'Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). Bamako n'a pas investi les postes militaires avancés à notre frontière", dit-il.

"Prendre plus de risques"

M. Bazoum réaffirme par ailleurs dans l'interview à La Croix et à L'Obs sa volonté d'un déploiement massif des forces françaises et européennes dans son pays "à la frontière du Mali et du Burkina". Exhortant le président français Emmanuel Macron et ses pairs européens à en faire davantage au Sahel pour assurer le succès de leurs opérations militaires au Sahel.

"La guerre en Ukraine montre que les Occidentaux ont beaucoup d'argent, dont ils peuvent mettre une partie significative dans le combat contre le terrorisme, dans la stabilisation de nos pays", estime-t-il. "Les Occidentaux en opération prennent trop de précautions, ce qui rend difficile la réussite de leurs actions. Ils sont obnubilés par cette idée qu'il faut zéro perte pour réussir. Ils doivent consentir à un peu plus de sacrifices, prendre plus de risques et ne pas être hantés par les pertes", insiste le président nigérien. Depuis 2013, l'armée française a perdu plus de 50 soldats au Sahel.

Le président nigérien souhaite une présence de la force française Barkhane "plus conséquente, des règles d'engagement différentes et plus d'équipements pour nos armées". 

"Nous attendons qu'elles y (les armées européennes) soient envoyées en nombre, avec des capacités aériennes conséquentes, des règles d'engagement efficaces, des sacrifices, des moyens financiers, avec beaucoup plus d'hélicoptères, de bombes. Nous serons très déçus si, demain, la France et l'Europe positionnent chez nous des forces symboliques pour combattre l'extension du terrorisme", prévient-il.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Niger

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.