L'accès aux territoires agricoles, un enjeu majeur des conflits au Sahel

Pour l'International Crisis Group (ICG), les politiques agraires favorisent les conflits au Sahel en privant certaines populations de leurs moyens de subsistance. 

Des bergers peuls et leur troupeau dans la  province de Oudalan, au Burkina Faso, le 5 juin 2019.
Des bergers peuls et leur troupeau dans la  province de Oudalan, au Burkina Faso, le 5 juin 2019. (PHILIPPE ROY / PHILIPPE ROY)

La situation au Sahel central en proie à une violence qui s'étend ne peut pas se réduire à une équation entre réchauffement climatique, réduction des ressources et donc augmentation des violences, avance l'International Crisis Group (ICG). Le think tank ne nie pas la modification du climat. Encore moins son impact sur les économies de la région. Mais il constate que ce n'est pas tant la ressource qui fait défaut, malgré le réchauffement climatique, c'est l'accès à la terre qui radicalise les positions des habitants. Un accès fondamental à la survie.

La sécheresse devenue quasi chronique depuis les années 1970 a paupérisé les nomades peuls, totalement dépendants de la ressource en herbage, sans pouvoir intervenir sur sa disponibilité. A contrario, les agriculteurs ont pu atténuer les effets du réchauffement climatique, notamment par le biais de l'irrigation ou par le choix de cultures plus résistantes. Dégageant plus de ressources ils ont pu développer dans la foulée l'élevage sédentaire. Les Peuls, ont perdu leurs troupeaux et sont devenus "des bergers salariés".

Concurrence sur l'espace agricole

Dans le même temps, l'espace agricole a grignoté la zone pastorale. Une tendance favorisée par certains Etats, comme le Mali, en quête d'autosuffisance alimentaire. L'agriculteur a été préféré au berger. "Au Sahel central, les politiques publiques tendent à favoriser depuis longtemps les agriculteurs sédentaires au détriment des éleveurs nomades. Il faudrait qu’elles corrigent ce déséquilibre et trouvent des solutions qui concilient les intérêts des différents systèmes de production", écrit l'ICG. 

Des femmes autour d\'un puits communal à Ibi, un village du pays dogon. Au cœur du Mali, l\'eau permet de cultiver le mil.
Des femmes autour d'un puits communal à Ibi, un village du pays dogon. Au cœur du Mali, l'eau permet de cultiver le mil. (PHILIPPE ROY / PHILIPPE ROY)

Pour étayer cette thèse, l'ICG cite l'exemple du développement de l'élevage dans la région de Mopti, au Mali.  A la fin du XXe siècle, les programmes de développement économiques se sont multipliés, souvent avec des aides internationales. On a creusé des puits à l'attention des éleveurs pastoraux. Mais la disponibilité de cette ressource essentielle a attiré des agriculteurs dogons. Progressivement, ils ont monopolisé la ressource. Car aux yeux des pouvoirs politiques, l'agriculture était une réponse à la pauvreté.

La production céréalière en hausse

Alors que la production céréalière était de 420 000 tonnes en 1999-2000, elle a triplé quinze ans après, atteignant un pic de 1,22 million de tonnes en 2015-2016. L’augmentation des volumes de production céréalière est en grande partie liée à celle des surfaces céréalières cultivées qui passent de 789 120 hectares en 2001-2002 à 991 554 hectares en 2016, soit une augmentation de 26%.

Mais la cohabitation entre Peuls et Dogons s'est peu à peu dégradée. "Les anciens entrent régulièrement en tension du fait de cette problématique d’accès aux terres. Celle-ci reste une source essentielle de griefs, bien au-delà des mémoires d’un autre siècle", écrit le journal Le Monde.

Pas étonnant dès lors que les groupes islamistes se développent et recrutent parmi les populations nomades. L'éclatement du pouvoir central en 2012 va permettre à toutes les rancœurs amassées de se libérer. "Ce n’est pas la raréfaction des ressources qui a généré la violence, mais bien au contraire la création de nouvelles ressources qui a généré ou exacerbé les conflits portant sur l’usage de la terre et l’accès au foncier", écrit ICG.

Que faire de ce constat pour les années à venir ? Il ne s'agit pas de renvoyer le balancier vers l'autre bord par une politique de compensation, avertit l'ICG. Dans un contexte de dérèglement climatique bien réel, il s'agit d'accompagner toutes les populations qui ont une chose en commun, l'extrême pauvreté.