Education en Afrique : le décrochage scolaire gagne du terrain chez les garçons

Le phénomène qui semblait jusqu'ici ne concerner que les pays riches gagne de plus en plus ceux à faible revenu, selon un rapport de l'Unesco.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un garçon écoute son professeur dans une classe du village de Ponsom Tenga, à 20 kilomètres de la capitale Ouagadougou, au Burkina Faso. (ANTOINE BOUREAU / PHOTONONSTOP)

Les jeunes filles ont toujours autant de mal à poursuivre leurs études en Afrique subsaharienne : 55 millions de filles contre 49 millions de garçons ne sont pas à l’école, indique le rapport mondial de l'Unesco sur le décrochage scolaire des garçons. Seulement, dans plusieurs pays où la parité avait été atteinte, la situation s'est inversée ces dernières années au détriment des garçons.

Recul préoccupant 

Au Sénégal, par exemple, "les garçons étaient beaucoup moins nombreux que les filles à abandonner l'école en 1999. Cette tendance s'était inversée une décennie plus tard, en 2011, les garçons étant plus nombreux à abandonner l'école que les filles : 113 garçons pour 100 filles. En 2019, seuls 88 garçons étaient inscrits dans l'enseignement primaire pour 100 filles", explique à franceinfo Afrique Matthias Eck, spécialiste du programme éducation et égalité des genres à l'Unesco et co-auteur de la récente étude de l'organisation onusienne. 

La Gambie, le Rwanda et le Burundi connaissent une situation similaire à celle du Sénégal. Dans ces pays, "les garçons les plus pauvres ont désormais moins de chances que les filles les plus pauvres de terminer l'enseignement primaire. Au Lesotho, qui présente l'un des écarts entre les sexes les plus importants au monde au détriment des garçons, seuls 67 garçons les plus pauvres achèvent le cycle primaire pour 100 filles les plus pauvres", poursuit l'expert. "Le décrochage scolaire est un phénomène qui s’est amplifié. Ce qui était avant un problème de pays riches, en l'occurence ceux de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), est devenu aussi un problème dans les pays à faible et moyen revenus".

La pauvreté est toujours l'une des principales raisons à l'origine de cette tendance. Elle pousse les parents à mettre les enfants au travail pour augmenter les revenus de la famille. "Dans les pays d'Afrique australe où les garçons sont moins nombreux que les filles à terminer l'enseignement primaire et secondaire, notamment au Lesotho et en Namibie, les garçons sont retirés de l'école très tôt pour garder le bétail ou émigrer en Afrique du Sud pour travailler dans les mines", affirme Matthias Eck. De même, "le travail des enfants est le plus élevé dans les pays d'Afrique subsaharienne. En Ethiopie, 51% des garçons âgés de 5 à 17 ans travaillent, tout comme au Burkina Faso, au Cameroun et à Madagascar, où deux cinquièmes ou plus de ces garçons travaillent." 

Pauvreté et poids des traditions

Les pesanteurs sociales et culturelles participent également à l'aggravation du phénomène qui se constate à tous les niveaux en Afrique subsaharienne : 32% en primaire, 30% en premier cycle du secondaire et 38% en second cycle. "Au Lesotho, explique l'expert de l'Unesco, les cérémonies d'initiation sous-tendent cette transition vers le travail et l'âge adulte". "Nos enfants sont contraints par leurs pairs d'aller à l'école d'initiation, regrette un père de famille des Highlands du Lesotho dont le témoignage a été recueilli dans le cadre de l'enquête de l'Unesco. Ceux qui ne sont pas circoncis sont discriminés par leurs amis. C'est parce que la plupart des garçons de notre communauté sont allés dans des écoles d'initiation que cela les pousse à quitter l'école plus tôt." Quand ce n'est pas la pression de leurs pairs, les initiés se l'infligent eux-mêmes. "Lorsqu'ils reviennent des écoles d'initiation, souligne un autre témoignage, ils se considèrent comme des hommes et ne peuvent pas retourner à l'école avec des enfants (...). Les garçons, après avoir atteint un certain âge, doivent aller à l'initiation, se marier et avoir des enfants, de sorte que l'enfant grandit en étant canalisé de cette façon."

Parmi les normes sociales qui entravent le maintien à l'école des garçons, on retrouve ainsi le rôle attribué aux hommes, à savoir celui de protéger et de subvenir aux besoins de leur famille. Les petits garçons peuvent souffrir par ailleurs des préjugés de leurs enseignants qui les trouvent plus turbulents que les filles et des châtiments corporels qui leur sont infligés. 

Le redoublement, qui s'accroît partout dans le monde, favorise également le dérochage chez les garçons. En Afrique du Sud, en Algérie, en eSwatini, au Lesotho, au Maroc et en Namibie, les filles redoublent moins que leurs camarades du sexe opposé. Le décrochage scolaire associé au chômage des jeunes dans les pays africains est une bombe à retardement dans des Etats où les conflits ou l'insécurité se multiplient. Les garçons étant des recrues faciles pour les groupes armés. "Les pays présentant les plus fortes proportions de jeunes hommes âgés de 15 à 24 ans qui n'étaient pas dans l'éducation, l'emploi ou la formation se trouvent principalement en Afrique subsaharienne", affirme Matthias Eck.  Avec un taux de 57%, le Niger, en lutte contre le jihadisme et le terrorisme, bat tous les records.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Niger

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.