Attaque meurtrière au Niger : "Il n'y a pas de zone zen" dans le pays, dément le directeur de l'Ifri

Les six humanitaires français tués dimanche au Niger étaient dans une zone sécurisée, d'après l'avocat de l'ONG Acted et le député M'jid El Guerrab. Malgré "des points marqués" par la force Barkhane, la zone reste "instable", contredit Thomas Gomart.

Thomas Gomart, directeur de l\'Institut français des relations internationales, le 15 mars 2018.
Thomas Gomart, directeur de l'Institut français des relations internationales, le 15 mars 2018. (DANIEL FOURAY / MAXPPP)

"C'est une zone qui, en dépit des points marqués par Barkhane, reste instable", a réagi sur France Inter lundi 10 août Thomas Gomart, le directeur de l'Institut français des relations internationales, après la mort dimanche de huit personnes dont six humanitaires français au Niger, dans la zone de Kouré au sud-est de la capitale Niamey. Contrairement aux propos de l'avocat de l'ONG Acted, Joseph Breham, l'historien a été catégorique : "Il n'y a pas de zone zen" dans le pays. Pour Thomas Gomart, "la plus grande vigilance s'impose à tous lorsqu'on y circule".

>> Les dernières informations sur l'attaque meurtrière au Niger dans notre direct.

Thomas Gomart a expliqué que le Niger dispose d'un "système frontalier extrêmement poreux" 

C'est traditionnellement une zone de tous les trafics et de contrebande, donc il ne faut pas se représenter les choses comme des frontières sécurisées, gardées, qui permettraient un contrôle de groupes armés. Thomas Gomart, le directeur de l'Ifrià franceinfo

Selon l'historien, les "groupes armés bénéficient d'une très grande fluidité de mouvements, favorisée par ces zones semi-désertiques".

Un "effet retour" des coups portés par la force Barkhane

Pour Thomas Gomart, à travers cette attaque, dénoncée par Emmanuel Macron, "il ne faut pas voir une déstabilisation complète du Niger, il faut y voir plutôt le fait que la force Barkhane porte des coups et donc provoque par effet retour, des tentatives de la part de groupes armés de montrer qu'ils sont actifs". Depuis 2014, l'opération Barkhane est déployée au Sahel, avec quelque 4 500 soldats français engagés dans la région. Cette opération Barkhane, qui fait suite à l'opération Serval, "porte des coups au sens où elle arrive à tuer un certain nombre de chefs terroristes", selon Thomas Gomart. Sans la présence militaire française, les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) "auraient le plus grand mal à contenir les assauts des groupes jihadistes". "On ne peut pas s'imaginer des pays qui, en quelques années, vont se transformer en système parfaitement stable, on est dans des processus extrêmement longs", a-t-il indiqué. Pour Thomas Gomart, la "difficulté" que peut rencontrer la force Barkhane dans la région réside dans "la manière dont les autorités publiques des cinq pays concernés parviennent à trouver un cadre politique et des voies de développement permettant des stabilisations".