Attaque meurtrière au Niger : "La menace est extrêmement étendue et généralisée" d'après un analyste du Sahel

Huit personnes, dont des Français, ont été tuées dimanche dans une attaque d'hommes armés à moto à Kouré (Niger). Pour Mathieu Pellerin, analyste Sahel chez Crisis Group, la responsabilité se tourne "plutôt vers les groupes jihadistes". 

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Radio France
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Patrouille de soldats nigériens dans le désert en février 2020. (SOULEYMANE AG ANARA / AFP)

"La menace est extrêmement étendue et généralisée", estime dimanche 9 août sur franceinfo Mathieu Pellerin, analyste Sahel chez Crisis Group, alors qu'une attaque a eu lieu dimanche autour de Kouré, au sud-est de la capitale nigérienne Niamey, faisant huit morts, dont des Français et deux Nigériens - le chauffeur du véhicule pris d'assaut et le président de l'association des guides touristiques de la réserve de girafes de Kouré.

franceinfo : Cette attaque a eu lieu dans une zone déconseillée, une zone orange. C'est la première fois qu'une attaque a lieu à cet endroit, que doit-on en déduire ?

On doit en déduire qu'il y a une expansion territoriale des groupes jihadistes, car a priori, c'est plutôt vers les groupes jihadistes que la responsabilité se tourne. Il y a une expansion, qui vient à la fois de la partie ouest de Niamey, c'est-à-dire la frontière Mali-Niger, mais aussi au niveau de la frontière Burkina-Niger, avec des groupes qui se développent depuis 2019 jusqu'à la frontière du Nigeria, en passant par la zone de Kouré, mais plus au sud. Il y a un risque d'encerclement progressif de Niamey de la part de ces groupes.

La zone de Kouré n'avait jamais été, de près ou de loin, visée par une attaque. Toutefois, en janvier 2020, il y a eu des tirs de roquettes à proximité de Niamey, un petit peu au nord de Kouré. Donc ce n'est pas non plus complètement nouveau.

On doit s'en inquiéter, parce que les groupes sont extrêmement mobiles, et parce que ni la France ni les forces armées nigériennes ne suffisent pour contrôler un territoire aussi étendu.

Mathieu Pellerin

à franceinfo

La mobilité de ces groupes fait qu'on ne peut plus aujourd'hui exclure que des attaques surviennent dans des espaces qui sont considérés comme des zones déconseillées, dites zones oranges. La menace est extrêmement étendue et généralisée.

Le gouvernement nigérien peut-il être déstabilisé par ce genre d'attaques ?

Je ne pense pas, car il y a déjà eu des attaques extrêmement lourdes, qui ont essentiellement ciblé les forces armées du Niger, mais fin 2019 ça a été extrêmement éprouvant pour les autorités nigériennes. Plusieurs centaines de soldats nigériens ont été tués. Depuis 2010, il y a déjà eu des enlèvements de Français sur le territoire nigérien. Ces dernières années, il y a eu un autre Occidental enlevé au Niger. Ce qui est certain, c'est que ça va alerter de plus en plus la communauté internationale, ça va remobiliser une partie des effectifs des forces armées nigériennes sur le versant sud-est de Niamey. Ça va rendre la lutte contre ces groupes encore plus compliquée.

Le risque jihadiste ne faiblit pas malgré les efforts du G5 Sahel, le territoire est-il trop étendu pour pouvoir tout contrôler ?

Oui, tout à fait, et ça correspond à la stratégie de ces groupes, qui ont bien compris qu'il fallait étirer la ligne de front le plus loin possible, justement pour déstabiliser le dispositif du G5 Sahel. La zone concernée par cette terrible attaque n'est pas du tout une zone couverte par le G5 Sahel. C'est un vrai défi de s'adapter de manière continuelle à une menace qui ne cesse d'évoluer.

Ce qu'il faut bien regarder, et ça va sans doute être l'actualité de la prochaine année, c'est le risque que les différents fronts jihadistes se connectent. Il y a déjà des connexions établies, entre ceux qui sont établis au Lac Tchad et ceux qui sont établis au Sahel, et dont la zone dont on parle est un peu un point de jonction naturel. La zone qui va du nord-Bénin jusqu'au nord de la région de Tahoua, en passant par le nord-ouest du Nigeria, c'est une zone naturelle de rencontre entre les différents groupes qui évoluent entre le lac Tchad et le Sahara. Ca va rendre la lutte encore plus compliquée, d'autant plus que le G5 n'a aucune visibilité sur ce qui se passe au Nigeria.

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