Algérie: les «conséquences désastreuses» de la campagne d'expulsion de migrants

Regroupées au sein du collectif Plateforme Migration Algérie (PMA), des associations de défense des droits de l'Homme tirent la sonnette d'alarme sur les «conséquences désastreuses» de la reprise des interpellations et expulsions de migrants. Des milliers de ressortissants d'Afrique subsaharienne vivent en Algérie hors de tout cadre juridique, et souvent dans des conditions très difficiles.

La reprise des interpellations de migrants subsahariens en Algérie, qui les contraignent à se cacher, a des «conséquences désastreuses» sur leur santé et leurs conditions de vie, s'est alarmé un collectif d'associations le 18 février 2018 à Alger.

«Après une vague d'expulsions massives en septembre et octobre, les interpellations ont repris» en Algérie depuis le 10 février, «dans la rue et les transports en commun mais aussi sur les chantiers de travail et dans les lieux de vie des migrants», a expliqué la Plateforme Migration Algérie (PMA).

Des migrants en situation d'extrême vulnérabilité
Les vingt et une associations internationales et algériennes membres de la PMA, dont Médecins du Monde, Caritas ou la Ligue algérienne de défense des droits de l'Homme (LADDH), s'alarment des «conséquences désastreuses de ces expulsions sans distinction de nationalité», qui séparent parfois les familles et isolent des mineurs.

«Face à la crainte d'être arrêtés, les migrants s'enferment dans leurs domiciles. Si les expulsions se poursuivent, les migrants se verront forcés à vivre cachés accentuant leur situation d'extrême vulnérabilité», souligne le collectif, estimant que leur «situation sanitaire et médicale risque de devenir rapidement préoccupante en raison de la rupture d'accès aux soins et de ravitaillement en nourriture».

 

Selon la PMA, des centaines de Nigériens, Maliens, Ivoiriens, Camerounais, Libériens et Guinéens, dont des femmes enceintes et des enfants, ont été arrêtés le 10 février et transférés dans un centre de rétention de la banlieue d'Alger, avant d'être transportés en bus vers Tamanrasset, à 2.000 km au sud de la capitale, au coeur du Sahara.
 
De là, selon les associations, ils ont été emmenés en camion le 14 février à la frontière avec le Niger, à environ 400 km plus au sud, et ont été ensuite contraints de rejoindre «à pied, en plein désert», la localité de Assamaka, au Niger, à une quinzaine de km de la frontière.

Profilage ethnique et expulsions illégales, selon Amnesty international
Les migrants en situation irrégulière en Algérie - essentiellement des ressortissants d'Afrique subsaharienne estimés à environ 100.000 par les ONG - vivent hors de tout cadre juridique et dans des conditions le plus souvent extrêmement difficiles, souvent exploités par des patrons indélicats.
 
Plus de 2.000 Africains de divers pays subsahariens avaient été arrêtés en septembre et octobre 2017 en Algérie et expulsés vers le Niger, avait indiqué Amnesty international fin octobre, dénonçant un «profilage ethnique» et des expulsions «illégales».