Namibie : exploiter l'acacia pour combattre sa prolifération, une fausse bonne idée pour des ONG

L'Agence allemande de coopération internationale veut en faire un projet exemplaire associant écologie et développement économique. Inutile et dangereux dénoncent les protecteurs de la nature.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Une "mer" d'acacias dans la réserve d'Ongava en Namibie. (NICO TONDINI / ROBERT HARDING PREMIUM)

Officiellement, on ne parle pas de déboisement, encore moins de déforestation. Les porteurs du projet préfèrent parler de débroussaillage, terme nettement moins polémique. Il s'agit de débarrasser la Namibie du phénomène invasif de l'acacia qui, sous forme d'arbre ou en buisson, gagne la savane. Le projet porté par la GIZ, l'Agence allemande de coopération internationale pour le développement, entend débroussailler des milliers d'hectares de savane, la moitié du pays étant, selon elle, couverte de cette brousse dense. Cette forêt avancerait inexorablement, notamment en raison du peu d'intérêt porté à ce bois. Mais les critiques se muliplient.

Projet "gagnant-gagnant"

Chaque année, selon la GIZ, la biomasse disponible s'accroît de 450 millions de tonnes. L'idée est donc de réaliser des coupes massives, puis de valoriser ces bois de coupe dans 105 "parcs industriels de biomasse". Chaque parc valoriserait 250 000 tonnes de bois issus de la coupe de buissons et d'arbres dans un rayon de 40 km, et les transformerait en granulés pour le chauffage. Les trois quarts de la production ne trouvant pas d'acquéreur localement, elle serait expédiée en Allemagne.

La GIZ garantit un ambitieux projet "gagnant-gagnant". A la fois écologique en s'attaquant à des espèces invasives qui réduisent les zones de pâturage, mais aussi économique en créant une filière pérenne, créatrice d’emplois. "De grandes parties de la savane herbeuse sont envahies par l’acacia épineux, ce qui a de graves conséquences pour les animaux, les plantes et le pâturage indigènes", souligne la ville de Hambourg, partenaire du projet dans un premier temps, avant d'adopter une attitude plus attentiste.

Doutes

Car les critiques et les doutes se multiplient. 800 scientifiques, 120 organisations environnementales s'opposent déjà au projet de valorisation du bois de brousse en Namibie. En premier lieu, des scientifiques se demandent même si cette prétendue invasion par l'acacia est réellement un problème écologique. Pour les professeurs Pierre Ibisch et Axel Schick de l’Université d’Eberswalde en Allemagne, ni les taux de croissance ni les superficies mentionnées ne correspondent aux connaissances scientifiques actuelles.

Les acacias assurent l'alimentation de nombreux animaux vivant dans la savane. (PHILIPPE ROYER / ONLY WORLD)

Le terme même de "débroussaillage" paraît aux yeux de ces chercheurs très connoté, renvoyant à une notion de territoire à l'abandon. Or, souligne l'ONG Sauvons la forêt, une grande partie de la faune qui vit dans ces territoires dépend de cette végétation. "Les antilopes se nourrissent des pousses près du sol, les éléphants et les girafes des branches et même de la cime des arbres."

Une méthode décriée

Selon l'ONG, "les méthodes envisagées pour l'abattage des arbustes et des arbres et leur élimination sont certainement tout sauf respectueuses de l’environnement". Le choix d'une exploitation industrielle implique l'usage de matériel lourd – bulldozers et autres  qui va compacter les sols. Il faut aussi dessoucher les arbres qui ne demandent qu'à repousser. Quant aux "parcs de biomasse", ils ne sont ni plus ni moins que des sites industriels disséminés au milieu de la savane.

Les signataires de la pétition voient dans ce projet un intérêt caché qui profiterait aux grands propriétaires terriens soucieux d'étendre leurs zones de pâturage. Dans ces régions, l'élevage extensif est la norme. Des fermes de 6 000 hectares ne sont pas rares. En 2019, la Namibie a exporté 26 000 tonnes de viande bovine vers ses principaux marchés, l'Europe et la Chine. Or, la Namibie est confrontée à une sécheresse exceptionnelle qui met à mal son économie agricole.

Etendre les zones de pâturage pourrait être une réponse à la crise que traverse la filière. Or, le surpâturage lié à des phénomènes climatiques est largement responsable de l'avancée de ces plantes invasives.

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