Situation humanitaire au Mozambique : "À ce niveau-là, il n'y a que des priorités"

Après le passage meurtrier du cyclone Idai au Mozambique, "on est face à quelque chose d'une ampleur incroyable par rapport à ce qu'on peut voir sur ce type de catastrophe", affirme le directeur général de l'ONG Solidarités International.

Une école de Beira, au Mozambique, abrite des réfugiés le 21 mars 2019.
Une école de Beira, au Mozambique, abrite des réfugiés le 21 mars 2019. (YASUYOSHI CHIBA / AFP)

Le cyclone Idai, qui a touché une partie de l'Afrique australe la semaine dernière, a fait près de 350 morts au Mozambique et au Zimbabwe, selon un dernier bilan officiel. Sur place, l'ONU estime que deux millions de personnes vont avoir besoin d'une aide humanitaire. Beira, la deuxième ville du pays, a été "ravagée de 80 à 90%", affirme Alexandre Giraud, le directeur général de l'ONG Solidarités International.

franceinfo : Vous avez envoyé une équipe au Mozambique. Que vous a-t-elle dit ? Dans quel état a-t-elle trouvé le pays ?

Alexandre Giraud : On est face à quelque chose d'une ampleur incroyable par rapport à ce qu'on peut voir sur ce type de catastrophe, dans un pays où il y avait très peu d'acteurs humanitaires. On en est train de découvrir une ville, Beira, qui a été ravagée de 80 à 90%, qui comporte 500 000 habitants. Dans le pays, on parle de 350 000 à plus de 2 millions de sinistrés. Là, à l'heure actuelle, la priorité des équipes, ça va être de mettre les habitants en sécurité. Très rapidement, on va se retrouver avec une catastrophe au nouveau humanitaire sur des questions très larges, de santé, d'accès à la nourriture.

Ça veut dire que pour l'instant, il n'y a plus d'hôpitaux, plus d'écoles, plus de logements, plus de traitement d'eau ?

Exactement. Les récoltes ont été complètement ravagées, le prix des denrées alimentaires a déjà augmenté de 300%. On est quand même plusieurs jours après la catastrophe et les risques d'infection avec des maladies telles que le choléra sont extrêmement mortelles, s'il n'y a pas d'accès à des soins de santé, même simples. Car ce sont des maladies qui se transmettent par l'eau. Et dans une situation comme celle-là, trouver de l'eau propre à la consommation, alors que les puits, les nappes et les forages sont infectées, c'est compliqué.

Dans ce pays, l'un des plus pauvres du monde, y a-t-il encore des zones coupées du monde ?

Pour l'instant, c'est vrai que les efforts se concentrent sur Beira. Mais il faut savoir que les zones inondées sont beaucoup plus larges. Comme très souvent dans ce type de catastrophe humanitaire, ça va être aussi dans les jours à venir que l'on va commencer à aller un peu plus loin dans les zones éloignées qu'on va aussi se rendre compte de l'étendue des dégâts.

Quelle aide apportez-vous, à Solidarités International, pour l'instant ?

On travaille principalement dans le domaine de l'eau, de l'hygiène et de l'assainissement. Notre rôle va être d'apporter des stations de traitement d'eau qui vont permettre de produire de l'eau de qualité et potable pour des dizaines de milliers de personnes. Et très rapidement il faudra travailler sur des questions d'assainissement. En termes logistique, on va voir comment on va pouvoir apporter l'aide humanitaire. Heureusement, pour l'instant, l'aéroport de Beira est fonctionnel. En tout cas, il va falloir une vraie coordination, car à ce niveau-là, il n'y a que des priorités.