Mozambique : incendie criminel contre les locaux d’un journal indépendant

A Maputo, le siège de la publication "Canal de Moçambique", réputé pour ses critiques du régime du président Filipe Nyusi, a été détruit  par un incendie criminel.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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Photo de Une de l'hebdomadaire "Canal de Moçambique", interview d'un journaliste, après l'incendie criminel qui touché le journal indépendant. Le 24 août 2020. (Canal de Moçambique)

Dans la soirée du 23 août 2020 (heure locale), des inconnus ont incendiés les locaux du journal "Canal Moçambique" dans la capitale Maputo, détruisant ordinateurs, matériel et archives, a rapporté à l’AFP, son rédacteur en chef Matias Gente."Ils sont entrés par effraction et ont tout arrosé avec du pétrole avant d'y mettre le feu", a-t-il précisé.
Il s'est dit persuadé que cette attaque visait à faire taire son journal. "Nous ne sommes pas naïfs au point de penser que c'est un acte de délinquance classique", a assuré Matias Gente, "c'est parce que notre travail a déplu à certains".

L'an dernier, Matias Gente, avait été victime d'une tentative d'enlèvement, puis agressé par des inconnus. "Cette attaque porte atteinte à la liberté de la presse", a regretté le Centre pour la démocratie et le développement (CDD), une ONG de la société civile.

Atteinte à la liberté de la presse

On ne connaît pas les auteurs de cet incendie criminel, mais Canal de Moçambique et son site en ligne "Canalmoz" font l'objet, depuis juin, de poursuites judiciaires du ministère de la Défense pour avoir publié des contrats passés par plusieurs groupes gaziers avec les autorités.

Ces dernières années, les forces de sécurité, ou des officines proches, du pouvoir ont été accusées du meurtre ou de l'enlèvement de plusieurs militants de défense des libertés. Faute de preuves, la plupart de ces affaires ont été enterrées.

Gaz, dollars et jihadisme

L'Américain, Exxon Mobil ou le Français, Total ont investi plus de 20 milliards de dollars pour exploiter dans les années à venir un immense gisement sous-marin de gaz dans la province du Cabo Delgado.

Hasard du calendrier, le groupe français Total a justement annoncé lundi 24 août avoir signé la veille avec le Mozambique, un accord destiné à protéger les installations de son mégaprojet gazier dans le Nord du pays, agité par une insurrection jihadiste meurtrière.

Création d'une force conjointe

Cet accord prévoit la création qu'une "force conjointe", dont les contours n'ont pas été révélés, qui "sera chargée d'assurer la sécurité des activités du projet (...) sur le site d'Afungi et autour", a précisé Total dans un communiqué. "Nous nous réjouissons du soutien du gouvernement mozambicain en vue de la réussite du projet en toute sécurité", a déclaré le responsable local du groupe français, Ronan Bescond. 

Cette région à majorité musulmane, une des plus pauvres du Mozambique, est depuis près de trois ans le théâtre de violentes attaques conduites par des islamistes récemment affiliés au groupe Etat islamique (EI). Ces violences ont causé la mort de plus de 1 500 personnes et fait plus de 250 000 déplacés parmi la population, selon des ONG et l'ONU.
Malgré les promesses répétées du président Filipe Nyusi, l'envoi de renforts militaires et le recours à des mercenaires étrangers, le régime de Maputo s'est révélé jusque-là incapable de ramener l'ordre.

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