Naufrage du Wakashio : tant que des "bateaux poubelles" circuleront en mer, "on n’en sortira pas" estime Corinne Lepage

Après les quelques 1 000 tonnes de pétrole échappées du Wakashio au large de l'Île Maurice, l'ancienne ministre de l'environnement Corinne Lepage appelle à l'interdiction de la circulation des bateaux en mauvais état au niveau international, en s'appuyant sur les règles établies en Europe après le naufrage de l'Erika en 1999. 

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Corinne Lepage invitée sur franceinfo (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Trois semaines après le naufrage du Wakashio au large de l’Île Maurice, l’avocate Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et présidente du rassemblement citoyen Cap 21 rappelle dimanche 16 août sur franceinfo qu’il n’y a plus de naufrage de pétrolier en Europe "tout simplement parce les bateaux poubelles n'y circulent plus" et estime que tant que ces bateaux en mauvais état circuleront, "on n’en sortira pas".

franceinfo : Pensez-vous que l’Île Maurice va pouvoir limiter les conséquences environnementales du naufrage du Wakashio ?

Corinne Lepage : La petite expérience que j’ai, c'est que généralement ces affaires-là ne se terminent pas bien. On a des visions plutôt rassurantes au départ et puis ça se termine toujours de la même manière. Je voyais les gens ramasser ce pétrole qui est un pétrole lourd, c'était un pétrole de soute, donc c'est du mazout liquide, c'est vraiment très, très sale. Les gens qui ramassaient ça, ça me rappelait étrangement le naufrage de l’Erika [en 1999 au large de la Bretagne].

Comment faire pour empêcher ce genre de naufrage ?

En Europe, grâce à l'affaire de l’Erika - qui a été une jurisprudence très importante européenne et nationale - et grâce à la législation communautaire qui a suivi, jusqu'à présent - et je touche du bois - nous n'avons plus de catastrophe, tout simplement parce les bateaux poubelles n'y circulent plus. Et donc, tant qu'on n'aura pas, au niveau international, le même genre de règles qui font que ce sont des bateaux sûrs, avec des contrôles effectifs, qui transportent le pétrole, mais aussi les produits chimiques, on n’en sortira pas.

Pour les produits chimiques aussi, il y a le même genre de problème sauf que ça ne se voit pas parce que ça tombe dans la mer, alors que le pétrole, ça se voit.

Ce qui se passe à Maurice est tout à fait exemplaire parce que c'est probablement une des premières fois qu’on va pouvoir poser à l'échelle d'un pays du Sud, les problèmes que nous avons pu poser à l'échelle de la France et de l’Europe voici une vingtaine d’années.

Corinne Lepage

à franceinfo

Il y a des problèmes de qualité des bateaux, il y a la qualité des équipages, il y a les routes qui sont choisies, les risques qui sont pris. On voit bien que pour une économie comme l’économie mauricienne - ou celle de la Réunion, c'était exactement la même chose - les questions de biodiversité et de fragilité des milieux sont fondamentales. Il faudrait des règles absolument drastiques qui n'existent absolument pas.

Qu’est-ce qui empêche d’appliquer au niveau international ce qui a été mis en place au niveau européen ?

Au niveau international, on vous dira qu'il y a tout ce qu'il faut puisqu'il y a une convention internationale. J'ai vérifié, l'Île Maurice l'a ratifiée, le Japon aussi - le propriétaire du Wakashio est japonais et le bateau est panaméen. Il y a des conventions internationales qui indemnisent a minima. Mais ce qui est très important et ce qu’on a fait après le naufrage de l'Erika, c'est de faire payer le préjudice écologique. Il faut que ça coûte très cher et que ce soit plus intéressant pour les pétroliers de faire les investissements qu'il faut, plutôt que de prendre des risques pour l'environnement et les économies locales.

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