Paris : l'Institut du monde arabe déprogramme une chanteuse sahraouie, l'artiste dénonce des pressions politiques du Maroc

Aziza Brahim est originaire du Sahara occidental, une région en conflit avec le Maroc depuis des dizaines d'années.

Aziza Brahim sur scène à Wiltshire, au Royaume-Uni, le 29 juillet 2016.
Aziza Brahim sur scène à Wiltshire, au Royaume-Uni, le 29 juillet 2016. (C BRANDON / REDFERNS)

L'Institut du monde arabe (IMA) a déprogrammé le concert, prévu dimanche 10 mars, de la chanteuse Aziza Brahim, originaire du Sahara occidental. L'artiste et son équipe dénoncent auprès de franceinfo mardi 5 mars des pressions venues du Maroc, engagé dans un conflit vieux de plus de 40 ans avec ce territoire frontalier.

Fin janvier, l'Institut du monde arabe avait annoncé la programmation de son festival, les Arabofolies, autour du thème "Femmes et Résistances". Une programmation qui incluait une soirée de clôture avec Aziza Brahim, qui chante l'histoire de son peuple sahraoui.

Le consulat du Maroc menacé

Un média en ligne marocain, Le 360, proche du pouvoir, s'en était ému immédiatement, accusant la chanteuse d'être membre du Front polisario rebelle, ce qu'elle dément avec force. À peine l'article publié, le consulat du Maroc avait été assailli de réclamations et menaces venant de mécènes marocains. Début février, le concert avait été annulé par l'IMA en indiquant que ça n'était pas du fait de la chanteuse.

Selon les informations de franceinfo recueillies auprès de l'entourage d'Aziza Brahim qui ont été en contact avec l'IMA, les programmateurs du festival, ainsi que le président de l'institution, Jack Lang, ont tout tenté pour apaiser la situation avec les autorités marocaines et maintenir le concert, mais sans succès.

Il s’agit d’une censure pure et simple, on est très loin de la sphère culturelle et c’est ce qui me fait le plus mal.Aziza Brahimà franceinfo

Contacté par franceinfo, l'Institut du monde arabe, financé en majorité par l'État français, mais aussi par la Ligue arabe et des fonds privés, notamment marocains et libanais, a fait savoir qu'il "ne souhaitait pas s'exprimer sur ce sujet".

Aziza Brahim dénonce de son côté une ingérence inacceptable du politique dans le culturel et une censure. "Ce n’est pas tolérable qu’une institution française puisse agir ainsi. Je ne comprends pas qu’une institution publique française puisse céder face à un pays étranger pour limiter la liberté d’expression d’une artiste", déclare-t-elle à franceinfo. "Quiconque a déjà écouté mes chansons sait très bien que je suis entièrement engagée pour la paix."

Le concert a été reprogrammé à Paris, au Pan Piper le 26 avril et de nombreuses salles sont désormais très intéressées pour accueillir Aziza Brahim.