Maroc : le roi gracie une centaine de détenus des mouvements populaires du Rif et de Jerada

755 personnes, en détention ou en liberté mais condamnées, ont bénéficié d'une grâce royale le 4 juin, à l'occasion de l'Aïd.

Manifestation de soutien au dirigeant rifain Nasser Zefzafi, le 11 juin 2017 à Hoceima.
Manifestation de soutien au dirigeant rifain Nasser Zefzafi, le 11 juin 2017 à Hoceima. (JALAL MORCHIDI / ANADOLU AGENCY)

"En considération des circonstances familiales et humaines des personnes condamnées dans le cadre des évènements de la région d’Al Hoceima et Jerada", le roi Mohammed VI a gracié 107 détenus liés aux évènements du Rif (60) et de Jerada (47). Le communiqué du ministère de la Justice précise qu’au total 755 personnes, dont certaines sont en détention et d’autres condamnées mais en liberté, ont été graciées à l’occasion de l’Aïd al Fitr. 

"A l’occasion de l’Aid El Adha, en août 2018, Mohammed VI avait déjà gracié 188 détenus du Hirak du Rif. C’est en revanche la première fois, que les détenus de ces mouvements populaires font l’objet d’une mention spéciale dans le traditionnel communiqué du ministère de la Justice qui annonce les grâces", précise Tel Quel

Mort d'un poissonnier

Le Hirak (mouvement populaire) rifain est né en octobre 2016. Un poissonnier, Mohcine Fikri, venait d'être broyé dans une benne à ordures alors qu'il tentait de récupérer sa marchandise saisie par les policiers. Au fil des mois, la contestation avait pris une tournure plus sociale et politique, exigeant le développement du Rif. Marginalisée sous Hassan II, la région a longtemps souffert du manque de développement économique. Al-Hoceima a aussi été l'un des principaux foyers de la contestation lors du mouvement du 20-Février, la version marocaine des Printemps arabes en 2011. 

"Mines de la mort"

Comme dans le Rif, le Hirak à Jerada a commencé par une protestation sociale avant que les manifestations ne soient vivement réprimées. Cette ancienne ville minière, au nord-est du Maroc, se sent, elle aussi, abandonnée par Rabat. Fin décembre 2017, deux frères sont décédés dans une galerie clandestine. Un autre décès dans l’éboulement d’un puits en février, a déclenché la colère des habitants.

Pourtant, la mine de Jerada a officiellement fermé il y a près de 20 ans. Depuis, la région est paralysée et aucune activité n'est venue remplacer le charbon. Le taux de chômage est l'un des plus hauts du royaume. Le taux de pauvreté grimpe à 11% contre 5% dans le reste du pays. Pour s’en sortir, au péril de leur vie, les hommes continuent de descendre dans des puits clandestins pour extraire le minerai.