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Maroc : trois ados acquittés après la photo d'un baiser publiée sur Facebook

Agés de 14 et 15 ans, les trois adolescents avaient été arrêtés le 3 octobre et détenus pendant trois jours dans un centre pour mineurs à Nador.

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France Télévisions
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Cette photo publiée sur Facebook a valu à trois jeunes Marocains d'être poursuivis pour "atteinte à la pudeur". (FACEBOOK / FRANCETV INFO)

Leur histoire a indigné une partie du Maroc. Les trois adolescents, arrêtés début octobre pour avoir publié sur Facebook une photo d'un baiser, ont été acquittés par la justice, vendredi 6 décembre. Mais le tribunal a "blâmé" le couple auteur du baiser. Francetv info revient sur cette affaire dite du "baiser de Nador".

Acte 1 : un couple d'ado poste une photo sur Facebook

Mouhsin, 15 ans, et sa petite copine Raja, 14 ans sont photograhiés en train de s'embrasser par leur ami Oussama, 16 ans. Ils partagent sur Facebook le cliché pris devant leur collège à Nador, au nord-est du Maroc.

Acte 2 : ils sont convoqués par la police

Le 3 octobre, la police de la ville souhaite rencontrer les trois adolescents. Elle a été alertée par une association marocaine qui a porté plainte pour "atteinte grave à l'éducation et à la culture marocaines" et "atteinte aux sentiments des citoyens".

Les trois adolescents devaient simplement être interrogés. Mais ils sont placés en détention provisoire, dès le lendemain dans un centre pour mineurs à Nador. Le code pénal marocain punit de deux à cinq ans de prison tout attentat à la pudeur consommé ou tenté sans violence sur la personne d'un mineur de moins de 18 ans.

Acte 3 : le web marocain s'enflamme

Leur arrestation indigne aussitôt les réseaux sociaux. Sous pression, les autorités judiciaires de Nador libèrent les trois adolescents mais maintiennent leurs poursuites.

"Les réseaux sociaux jouent de plus en plus un rôle de veille à la fois auprès des autorités et auprès de la société marocaine, qui reste conservatrice", estime le politologue Mohammed Madani. Selon lui, "les gens qui agissent via Facebook sont très actifs puisqu'ils parviennent parfois à intéresser les médias, notamment étrangers, et à bousculer le conservatisme aussi bien de la société que de l'Etat". Alors "le royaume tente de museler les internautes", explique à francetv info Mounir Bensalah, auteur de Réseaux sociaux et révolutions arabes (Michalon, 2012).

Acte 4 : une manifestation prend le relais

Le 11 octobre, c'est la première comparution des trois adolescents pour "atteinte à la pudeur". Le lendemain, une quarantaine de personnes, dont une dizaine de couples, se donnent rendez-vous devant le Parlement de Rabat pour un "kiss-in". Objectif : se donner un "baiser symbolique de l'amour", en soutien aux trois adolescents.

Des contre-manifestants interviennent pour tenter de mettre un terme à ce rassemblement inédit au Maroc. Ils bousculent violemment les manifestants et leur lancent les chaises d'une terrasse de café.

Acte 5 : la peine de prison est écartée

Le 22 novembre, se tient une nouvelle audience qui dure plus de deux heures. Le parquet écarte la peine de prison. Il demandé que les adolescents soient blâmés. "Nous avons expliqué au juge que l'accusation d'attentat à la pudeur publique ne devrait pas s'appliquer car Facebook est un espace privé", ajoute l'avocat.

Acte 6 : l'acquittement

Le 6 décembre, la justice se prononce. Les trois adolescents sont acquittés. "Ils ont été acquittés notamment des accusations d'atteinte à la pudeur, et de publication de photos compromettantes, ce qui est déjà positif", précise leur avocat. 

Mais, comme prévu, ils écopent d'un blâme. "Le garçon et la fille auteurs du baiser ont été 'blâmés' par le tribunal. C'est injuste parce qu'il s'agit de mineurs et Facebook est un espace privé", insiste leur défenseur.

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