Mali : la culture du coton en chute de 75% pour la campagne en cours

Le Mali, premier producteur de coton d'Afrique, tourne le dos à cette culture, face à la baisse mondiale de la demande.

Un enfant récolte du coton dans un champ au sud du Mali. En 2018, le pays était devenu le premier producteur d\'Afrique.
Un enfant récolte du coton dans un champ au sud du Mali. En 2018, le pays était devenu le premier producteur d'Afrique. (MICHELE CATTANI / AFP)

Le secteur du coton est en crise au niveau mondial, et le Mali premier producteur africain n'y échappe pas. Face à la chute des cours, les producteurs maliens ont jeté l'éponge. Les surfaces emblavées ont chuté des trois quarts, passant de 735 000 hectares lors de la précédente campagne, à 170 000 pour celle à venir. Fatalement, la production va baisser dans la même proportion. Même avec une météo favorable, le Mali ne devrait plus produire que 310 000 balles de coton. Un niveau dérisoire en comparaison avec le 1,35 million de la campagne précédente.

Comment en est-on arrivé là ?

Pour une fois, la situation sécuritaire au Mali n'a rien à voir. Le désintérêt pour le coton est mondial, et c'est la pandémie de coronavirus qui en est la cause. En effet, le ralentissement économique lié à la maladie a réduit la demande en produits textiles. Ainsi en Chine, premier client du Mali, les importations de coton ont chuté de près de 30% pour la campagne 2019/2020. De plus, en raison de l'écroulement des cours du pétrole, les fibres synthétiques sont redevenues très concurrentielles. Conséquence : les stocks s'accumulent, ils sont estimés à plus de 400 000 balles au Mali.

Signes négatifs des pouvoirs publics

L'organisme public qui gère la filière du coton au Mali a aussi donné des signes très négatifs. Dans un premier temps, en mai 2020, il a ainsi baissé le prix d'achat garanti au producteur de 275 francs CFA le kilo à 200 francs CFA (de 0,41 euro à 0,30 euro). Bien qu'il ait ensuite attribué un bonus de 50 francs au kilo, le mal était fait. Confrontés à cette baisse annoncée de leurs revenus, les producteurs se sont rabattus sur d'autres cultures. D'autant que la subvention sur les engrais qui jusque-là couvrait la moitié des coûts était supprimée. Le pays ne veut ou ne peut plus soutenir une filière très subventionnée.

Coup dur pour les exportations

Le coup de frein sur la filière cotonnière du Mali est rude. En progression constante, la production représentait, après l'or, la seconde source d'exportation du pays et 15% de son PIB. On estime que les trois millions de producteurs du pays en tirent près de la moitié de leurs revenus. L'objectif était d'atteindre une production d'un million de tonnes en 2022, contre environ 800 000 tonnes, la récolte record de 2019. Or l'année 2021 s'annonce tout aussi sombre sur le plan international pour le coton, et le Mali devra sans doute revoir à la baisse ses ambitions.