Mali : l'intervention française fait (presque) consensus

En France, ainsi qu'en Europe, la décision de François Hollande d'intervenir au Mali fait quasiment consensus. 

Des combattants du groupe islamiste Ansar Dine à Tombouctou, au Mali, le 31 août 2012.
Des combattants du groupe islamiste Ansar Dine à Tombouctou, au Mali, le 31 août 2012. (AP / SIPA)

La France s'engage au Mali. Sollicité par le président malien par intérim Dioncounda Traoré, François Hollande a confirmé, vendredi 11 janvier, le déploiement de forces armées françaises pour repousser les groupes armés islamistes, en soutien aux troupes maliennes. 

Si le Conseil de sécurité de l'ONU avait adopté à l'unanimité le 20 décembre une résolution autorisant le déploiement d'une force internationale dans le pays, cette décision donne un coup d'accélérateur à ce processus, jusqu'alors dépourvu d'un calendrier.  Francetv info revient sur les réactions à cette annonce qui marque le début imminent de l'intervention française.  

En France, la décision fait (presque) consensus

Au-delà de l'appui de la majorité socialiste, l'intervention française au Mali trouve l'approbation de l'opposition."Il était grand temps d'agir (...)", a déclaré le président de l'UMP, Jean-François Copé, dans un communiqué. Pour lui, "l'intervention de l'armée française se fait dans une parfaite légalité internationale. La France se montre fidèle à ses valeurs universelles, celles-là même qui ont justifié l'intervention en Afghanistan contre l'extrémisme, le fanatisme, le terrorisme et en faveur de la paix et de la sécurité internationales". François Fillon est allé dans le même sens, affirmant que "la lutte contre le terrorisme exige l'unité de la nation au-delà des clivages partisans".

"Sous réserve d'éléments particuliers, cette intervention me semble la bienvenue, a réagi Hervé Morin (UDI), ancien ministre de la Défense. Il y a un élément essentiel, c'est que l'intervention se fasse à la demande des autorités politiques maliennes."

La présidente du Front nationale, Marine Le Pen, a quant à elle déclaré que cette intervention devait "être soutenue dans la mesure où notre pays a été appelé à l'aide par le gouvernement légitime du Mali en application d'une coopération de défense entre nos deux pays, dans une zone francophone".

Des réserves chez les Verts et au Parti de gauche

Par ailleurs, l'écologiste Noël Mamère, député Europe Ecologie-Les Verts de Gironde, a déploré la méthode : "Si on ne peut être que d'accord pour mettre un coup d'arrêt à la progression d'Aqmi, qui développe des idées fascisantes, on ne peut que s'étonner que le président de la République reproduise les mêmes méthodes que son prédécesseur en ne saisissant le Parlement qu'une fois les opérations lancées, a-t-il déploré. Evoquant les "méthodes anciennes de la Françafrique", il a indiqué à l'AFP que "s'il y avait un vote au Parlement, [il] refuserai[t] de participer à cette mascarade."Le Parlement sera en effet saisi "lundi" de cette question, a rappelé le ministre délégué aux Relations avec le Parlement, Alain Vidalies.

Enfin, pour le co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, "l'intérêt d'une intervention militaire extérieure pour régler le problème posé au nord du Mali est discutable", a-t-il déclaré par communiqué. "En décider seul, sans en saisir préalablement ni le gouvernement, ni le Parlement, est condamnable", a-t-il également estimé.

Soutien de Washington, Londres et Berlin 

Dans la soirée de vendredi, la Maison Blanche a affirmé, par la voix de Tommy Vietor, porte-parole du Conseil de sécurité nationale, qu'elle "[partageait] l'objectif français" au Mali : soit "empêcher des terroristes de bénéficier d'un sanctuaire dans la région."  Selon Reuters, le pentagone étudie d'ailleurs la question de son action au Mali, y compris un soutien logistique et le partage de renseignements avec la France.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, a quant à lui indiqué sur son compte Twitter que le Royaume-Uni  "soutient la décision française d'apporter une assistance au gouvernement malien face aux rebelles". Un soutien uniquement "politique", a cependant nuancé une source gouvernementale britannique, citée par l'AFP, laquelle a précisé qu'il n'y avait "pas de soutien militaire, ni de demande de soutien militaire, ni de projet d'appui militaire, ni d'appui matériel de la part du Royaume-Uni". 

"La France agit sur la base du (droit international)", a réagi le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, rappelant que l'Allemagne n'était pas concernée par la demande de Bamako.

Plus tôt dans la journée, la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, avait jugé que la reprise des affrontements au Mali rendait nécessaire une "accélération de l'engagement international".

Le président de l'Union africaine "aux anges"

Dans la soirée, les pays d'Afrique de l'Ouest ont par ailleurs officiellement autorisé l'envoi immédiat de troupes. "Après consultation de ses pairs", le président en exercice de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), le président ivoirien Alassane Ouattara, a "décidé d'autoriser l'envoi immédiat des troupes sur le terrain dans le cadre de la Misma (Force internationale de soutien au Mali) pour aider l'armée malienne à défendre l'intégrité du territoire".

Outre la France, "d'autres pays amis se sont déjà manifestés et nous les attendons", a précisé le colonel de l'armée malienne, Oumar Dao, sans donner de détails. "Je suis aux anges", a pour sa part commenté le président de l'Union africaine, le président béninois Thomas Boni Yayi. "Je voudrais absolument, au nom du continent, exprimer notre gratitude à la République française, à son président, son gouvernement, à tout le peuple français, qui ont su apprécier (...) la gravité de la situation qui prévaut aujourd'hui au Mali et dans la zone ouest-africaine", a-t-il poursuivi.

 

L'armée régulière malienne, avec le soutien de ses alliés, a lancé vendredi une offensive pour reprendre la ville de Konna, près de Mopti (centre), tombée la veille aux mains des islamistes après plusieurs heures d'affrontements. Les islamistes ont affirmé vouloir progresser vers le sud sous contrôle gouvernemental.