Mali : ce que l'on sait des conditions de la libération de Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde

Après quatre ans de détention, la Française a été libérée jeudi au Mali et est attendue vendredi en France. Une personnalité politique malienne, Soumaïla Cissé, et deux otages italiens ont également recouvré la liberté.

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L'ex-otage Sophie Pétronin et son fils Sébastien Chadaud, à Bamako, le 8 octobre 2020. (STRINGER / AFP)

Les larmes de Sébastien, le fils de Sophie Pétronin, signent sa joie et son soulagement. Après quatre ans de captivité, l'otage française enlevée en décembre 2016 a été libérée par ses ravisseurs, jeudi 8 octobre au Mali, tout comme trois autres otages : l'homme politique malien Soumaïla Cissé, et deux Italiens, le père Pier Luigi Maccalli et Nicola Chiacchio. Mais que sait-on des conditions de la libération de l'humanitaire française ? Eléments de réponse.

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Des discussions au long cours

Des discussions ont été entamées depuis longtemps, semble-t-il, avec les ravisseurs ou avec des intermédiaires. Le président de la République Emmanuel Macron a d'ailleurs affirmé, selon l'AFP, que les efforts pour la libération de Sophie Pétronin s'étaient faits depuis le début "sans relâche" mais dans la "discrétion".

Selon l'ancien correspondant de Radio France au Mali Anthony Fouchard, le fils de l'otage, Sébastien, a joué dès le départ un rôle-clé dans ces pourparlers.

Il (le fils de Sophie Pétronin) bouscule tout et finit par obtenir un rôle que le gouvernement n'avait jamais accordé à qui que ce soit d'autre, un rôle d'intermédiaire.

Anthony Fouchard, ex-correspondant de RFI au Mali

à franceinfo

"L'Etat français va financer ses déplacements, poursuit le journaliste, en payant des billets d'avion, en mettant à disposition des véhicules sur place lorsqu'il se rend en Mauritanie, au Niger, au Mali. Il y a une conversation, notamment avec le ministre Jean-Yves Le Drian (ministre successivement sous François Hollande et sous Emmanuel Macron), assez hallucinante, qui témoigne de cet échange. Le ministre Le Drian lui dit 'Vous pouvez rencontrer tel intermédiaire, ce serait très utile'".

Six mois après l'enlèvement de Sophie Pétronin, en juillet 2017, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, une alliance formée par des mouvements islamistes armés maliens sous l'égide d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, diffuse une vidéo dans laquelle apparaît Sophie Pétronin. A la fin de la vidéo, selon Le Monde, "un homme assure aux familles qu''aucune véritable négociation n'a commencé'" pour la libération des otages. Mais il affirme aussi que des discussions sont "toujours actives".

Rien ne semble bouger, jusqu'en février dernier. Encore au pouvoir, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta se dit pour la première fois prêt à ouvrir un dialogue avec les jihadistes. Mais très peu d'informations filtrent sur la réalité ou la teneur de tels contacts. Jusqu'à ce qu'un nouveau rapt, le 25 mars 2020, suscite l'émotion au Mali : en pleine campagne pour les législatives maliennes près de Tombouctou, dans le nord-ouest du pays, le chef de l'opposition Soumaïla Cissé est également enlevé par un groupe inconnu, puis remis à des mouvements islamistes. Le parti de Soumaïla Cissé crée alors une "cellule de crise" et exige que le pouvoir malien négocie avec les ravisseurs pour obtenir la libération de l'opposant.

Des dizaines de jihadistes libérés

En août dernier, un putsch change la donne au Mali : des militaires renversent le chef d'Etat Ibrahim Boubacar Keïta, contesté dans la rue depuis des mois. Ces militaires font également de la libération de Soumaïla Cissé un objectif prioritaire. Alors que les autorités maliennes et françaises gardent le silence, différentes sources proches des tractations font état, lundi 5 octobre, selon l'AFP, d'un possible échange de jihadistes contre deux otages, Soumaïla Cissé et Sophie Pétronin. Le fils de la Française se rend à Bamako en urgence.

Sans explication officielle, la junte malienne au pouvoir fait en effet sortir de prison, en début de semaine, 200 jihadistes présumés ou condamnés, selon l'AFP. Une large majorité de ces combattants islamistes ou présentés comme tels serait, selon Le Monde qui cite "une bonne source", "de tout petits poissons qui n'avaient pas été jugés". Mais il y aurait également parmi eux "des cadres du jihad, affiliés à Al-Qaida". Le journal cite notamment "le Mauritanien Fawaz Ould Ahmed (...), arrêté en 2016, impliqué dans les attentats contre le restaurant La Terrasse à Bamako (six morts) et l'Hôtel Byblos à Sévaré (22 morts) en 2015".

Une libération qualifiée de "réelle catastrophe" par Peer de Jong, ancien aide de camp des présidents François Mitterrand et Jacques Chirac et coauteur de Sécurité et développement dans le Sahel, du concept à la réalité (éd. L'Harmattan). "Bien évidemment, ils vont reprendre les armes immédiatement", estime-t-il dans une interview à franceinfo.

Une rançon probablement versée

Enfin, une rançon a probablement été versée. "Toutes les sources proches du dossier confirment qu'une importante rançon – dont le montant n’est pas avéré – est venue s'ajouter aux libérations de combattants", affirme Le Monde. Peer de Jong est du même avis. S'il était si difficile d'obtenir la libération de Sophie Pétronin, c'était "certainement une question de prix", surtout s'il s'agit d'Européens détenus en otages, explique-t-il en substance.

Deux jours d'incertitude

Tout semblait calé, mais il y a eu encore deux jours d'incertitude avant la libération de Sophie Pétronin. Dès mardi 6 octobre, des médias annoncent sa libération et celle de Soumaïla Cissé, à Tessalit (dans le nord-est du Mali), sans confirmation des autorités. Pendant deux jours, l'incertitude s'installe : plus aucune information ne circule et l'opération semble pouvoir encore capoter.  

La libération de l'humanitaire française est rendue publique jeudi. Mais, indice troublant, le communiqué du gouvernement malien annonçant le même jour sa libération, celle de Soumaïla Cissé et de deux otages italiens, le père Pier Luigi Maccalli et Nicola Chiacchio, est daté du "mardi 6 octobre".

L'exécutif malien n'a fourni aucune raison à ce délai de deux jours entre la libération et son annonce officielle. La télévision malienne a évoqué des "difficultés" de dernière minute, dues notamment à une trop forte médiatisation. L'ajout dans la négociation, qui concernait en premier lieu Soumaïla Cissé, du dossier de l'humanitaire française ou des deux Italiens, a pu également compliquer l'équation.

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