Libération de Sophie Pétronin : "L'épuisement peut très vite arriver", prévient un psychologue

La libération "est un vrai feu d'artifice" émotionnel pour un otage, selon le psychologue Cyril Cosar qui met en garde sur "un effet d'épuisement" qui peut suivre.

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Radio France
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L'ancienne otage au Mali, Sophie Pétronin, accueillie par Emmanuel Macron et sa famille à la descente de l'avion, à l'aéroport de Villacoublay, le 9 octobre 2020. (NATHANAEL CHARBONNIER / ESP - REDA INTERNATIONALE)

"Il y a un effet d'épuisement qui peut très vite arriver", prévient sur franceinfo le psychologue clinicien Cyril Cosar après la libération de Sophie Pétronin. Après quatre ans de détention au Sahel, l'ancienne otage est arrivée en France vendredi 9 octobre à midi.

franceinfo : Après quatre ans passés comme otage, c'est une bonne idée de vouloir se remettre au travail, reprendre la routine comme le dit Sophie Pétronin ?

Cyril Cosar : C'est surtout, déjà, un bon indicateur qu'il y a de l'énergie, du sourire. Avec ces quelques mots, ça nous permet de sentir qu'elle va plutôt bien. Après, il y a un faux-ami dans cette expression-là : les libérations, c'est toujours un moment d'extase, d'euphorie et d'excitation, qui peuvent tromper un peu sur l'état réel de la mécanique, comme elle le décrit. Tout va dépendre des conditions qui ont été celles de sa détention : si elle a été entravée, s'il y a eu des conforts, un confort élémentaire de base, une hygiène de base, tout ça. Il y a énormément de variables qui vont rendre un peu inquiétantes ou plutôt positives les perspectives. À l'entendre, on a l'impression que ça va, donc sans doute il y a eu quand même un minimum qui a permis de la voir un peu en bonne santé ou en bon état mental.

À son arrivée à la base aérienne de Villacoublay, Sophie Pétronin n'a pas souhaité s'exprimer, faire de discours devant les journalistes. C'est un retour tout de même extrêmement médiatisé. Il faut ensuite se mettre à l'écart des regards ?

Il y a une vraie turbulence, c'est un vrai feu d'artifice la libération. Il y a énormément d'interlocuteurs qui arrivent, qui viennent, qui sollicitent. Il y a ce moment-là extrêmement accélérant, extrêmement excitant, et derrière, il y a un effet d'épuisement qui peut très vite arriver. Et il va falloir se tenir un peu à distance de toutes les sollicitations et de ce qui s'apparente à du stress. Elle a changé, les proches ont changé, les environnements qu'elle a connus ont changé, ça aussi c'est une difficulté, et il va falloir se réadapter. Il y a beaucoup d'espaces dans lesquels elle va devoir réapprendre à être. Quatre ans dans les conditions dans lesquelles elle a été, rajouter une pandémie par dessus-ça, le décalage est tellement immense entre les conditions de réclusion pendant quatre ans et le retour à la société vivante, dynamique et pleine de monde, il y a déjà un parcours énorme. Effectivement la question du Covid vient encore bouleverser en plus mais ce n'est qu'un élément supplémentaire, il y en a déjà beaucoup qui sont déjà très présents.

Est-ce que ça peut expliquer le fait qu'elle n'ait pas souhaité s'exprimer à la mi-journée ?

Elle peut être déboussolée, elle peut être aussi dans une volonté de dire un certain nombre de choses qui ne sont peut-être pas entendables dans un moment comme celui-ci, du fait des liens qu'elle a pu tisser sur place avec ses geôliers, avec pourquoi pas un syndrome de Stockholm, quelque chose qui serait dissonant, qui ne serait pas recevable, ce qui fait qu'il y a eu peu d'expression publique, que ce soit de la part du chef de l'Etat ou d'elle-même.

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