Journalistes tués au Mali : "Gigi était tout sauf une tête brûlée ou une casse-cou"

Frédéric Garat est un collègue et ami de Ghislaine Dupont, assassinée au Mali, avec son collègue Claude Verlon. Il témoigne pour francetv info.

Une affiche annonce le deuil des collègues des journalistes tués au Mali, au siège de RFI, à Paris, le 3 novembre 2013.
Une affiche annonce le deuil des collègues des journalistes tués au Mali, au siège de RFI, à Paris, le 3 novembre 2013. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Il n'a pas trouvé la force d'aller à RFI, sa radio. Trop de peine comme tous ceux de cette antenne publique surtout destinée à diffuser vers l'étranger. Titulaire d'une émisssion consacrée à léconomie dans le monde et en particulier en Afrique, Frédéric Garat est collègue et ami de Ghislaine Dupont et Claude Verlon les deux journalistes exécutés au Mali. Il a accepté d'évoquer Ghislaine Dupont, "Gigi", pour francetv info.

Francetv info : Quand avez-vous vu Ghislaine Dupont pour la dernière fois ?

Frédéric Garat : C'était il y a une semaine. Nous venions de rendre hommage au reporter de RFI Jean Hélène, en inaugurant un studio à son nom. Jean a été abattu d'une balle dans la tête par un sergent à Abidjan, en Côte d'Ivoire, le 21 octobre 2003. Dix ans plus tard, Ghislaine Dupont était là avec nous. Elle connaissait bien Jean et ce jour là, elle était particulièrement éprouvée à l'évocation de notre confrère. Comment imaginer que nous allions la pleurer peu de temps après ?

Que faisait-elle au Mali ?

A 57 ans, Ghislaine avait travaillé en particulier en République démocratique du Congo. Un souvenir assez pénible pour elle. En 2011, au moment des élections, le président Joseph Kabila l'a expulsée. C'était reconnaître que notre consœur faisait trop bien son métier. Pour le numéro un congolais, la chose était devenue insupportable. Alors Gigi a changé de terrain dans son exercice journalistique. Si elle était au Mali, c'est aussi parce que nous étions en train de préparer une spéciale sur les difficultés en vue de la réconciliation nationale et les problèmes économiques de cet immense territoire. Quatre reporters rédacteurs ont été mobilisés pour ce travail qui souhaitait donner la parole à toutes les parties prenantes au conflit. Et Gigi était donc en mission dans la zone sensible du nord malien.

Comment était-elle, dans le travail ?

Gigi était tout sauf une tête brûlée ou une casse-cou. Et c'est bien pour cela aussi que nous sommes si stupéfaits de la voir disparaître ainsi. Gigi était réellement exemplaire, particulièrement compétente. Sa vie était son travail : pas d'horaires, capable de rester une partie de la nuit pour une info, un coup de fil attendu. Il faut comprendre que c'est une personne qui était un peu la maman du service, prête à passer du temps pour expliquer aux plus jeunes les situations les plus complexes. Une journaliste particulièrement scrupuleuse qui recoupait 10 fois ses infos. Avec Claude c'était un couple professionnel remarquable car lui était méthodique, aimable...