Couvre-feu au Mali, après un coup d'Etat

L'aéroport de Bamako a été fermé et les vols annulés jusqu'à nouvel ordre. Le président malien, Amadou Toumani Touré, a été placé dans un camp militaire de Bamako.

Des soldats mutinés dans une rue de Bamako (Mali), le 22 mars 2012.
Des soldats mutinés dans une rue de Bamako (Mali), le 22 mars 2012. (HABIBOU KOUYATE / AFP)

Journées d'incertitudes et de combats : le Mali vit un coup d'Etat militaire depuis mercredi 21 mars. Au moins un militaire a été tué et une quarantaine de personnes blessées lors des tirs de soldats mutinés, selon une source militaire et des secouristes de la Croix-Rouge malienne. Le couvre-feu a été instauré dans tout le pays, dès 18 heures. Il dure jusqu'à vendredi 6 heures (heure locale). 

Jeudi dans la matinée, des militaires rebelles sont en effet apparus à la radio-télévision nationale pour annoncer la "fin" du "régime incompétent". Retour sur les derniers événements qui frappent le pays.

• Que s'est-il passé depuis mercredi ?

Des soldats insurgés ont annoncé jeudi avoir fermé toutes les frontières après avoir renversé le président malien, Amadou Toumani Touré. L'aéroport de Bamako a été fermé et les vols annulés jusqu'à nouvel ordre. Un couvre-feu a aussi été décrété dans le pays, entre 18 heures et 6 heures du matin.

Auparavant, le lieutenant Amadou Konaré, présenté comme le porte-parole d'un "Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat", a pris la parole à la télévision nationale. Il a déclaré la fin du régime jusqu'ici en place : les "institutions [sont] dissoutes" et la "Constitution suspendue". Selon le porte-parole, les mutins ont "pris l'engagement solennel de restaurer le pouvoir" civil et de mettre en place un gouvernement d'union nationale qui sera élu. Le capitaine Amadou Sanogo, chef de la junte, a ensuite annoncé la mise en place d'un couvre-feu.

Mercredi, des soldats avaient pris d'assaut l'Office de radio-télévision du Mali (ORTM) et des tirs nourris avaient éclaté dans le centre de la capitale. Dans la soirée, des coups de feu avaient été échangés entre des mutinés et des soldats de la garde présidentielle, près du palais du chef de l'Etat, à Bamako.

• Le président sortant n'abdique pas

Les mutinés ont affirmé qu'Amadou Toumani Touré n'était plus le chef de l'Etat. "Nous contrôlons le palais présidentiel", a prévenu un soldat. Le président aurait été exfiltré par sa garde et placé dans un camp militaire de Bamako "d'où il dirige le commandement", selon un membre de son entourage. Amadou Toumani Touré se trouverait avec des hommes d'élite de la garde présidentielle.

"Le coup d'Etat est loin d'être consommé parce que le président est en lieu sûr et plus de 90% des forces armées et de sécurité le soutiennent plus que jamais. Ce coup de force ne marchera pas", a affirmé le porte-parole du ministère de la Défense malien. Un responsable militaire loyaliste a ajouté que "la situation évolu[ait] rapidement. Nous sommes en train de voir ceux qui sont derrière tout cela."

• Qui sont les putschistes ?

L'action semble être menée par des soldats excédés par le manque de moyens de l'armée pour combattre les conflits qui touchent la moitié du pays. "Nous en avons marre de la situation" dans le Nord, où ont lieu des affrontements avec la rébellion touareg et des groupes armés islamistes, a affirmé mercredi à l'AFP l'un des militaires mutinés. L'armée ne parvient plus à contrôler ce vaste territoire en partie désertique et dont des rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) réclament l'indépendance.

• Quelles sont les réactions ?

La France "condamne ce coup d'Etat militaire parce que nous sommes attachés au respect des règles démocratiques et constitutionnelles, a réagi jeudi Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, sur Europe 1. Nous demandons le rétablissement de l'ordre constitutionnel, des élections. Elles étaient programmées pour avril, il faut qu'elles aient lieu le plus vite possible pour que le peuple malien puisse s'exprimer." Le premier tour de la présidentielle était en effet prévu le 29 avril. Le chef de la diplomatie française a aussi appelé au "respect de l'intégrité physique" du président Touré.

De son côté, l'Union européenne a condamné "la prise de contrôle du pouvoir par les militaires et la suspension de la Constitution""Le pouvoir constitutionnel doit être rétabli dès que possible", a ajouté le porte-parole de la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton. Jean Ping, président de la Commission de l'Union africaine (UA), ce putsch "constitue un sérieux recul pour le Mali et pour les processus démocratiques en cours sur le continent". Le chef de l'Organisation de coopération islamique, Ekmeleddin Ihsanoglu, s'en est dit "profondément choqué". Le président du Nigeria, Goodluck Jonathan, a lui parlé d'"un revers" pour la démocratie en Afrique.

• Quelles sont les premières sanctions ? 

La Banque mondiale a annoncé jeudi en fin de soirée qu'elle suspendait son aide au développement au Mali, après le coup d'Etat.