Sécheresse à Madagascar : les terres du sud ne permettent plus de nourrir les villages

Madagascar est depuis quatre années touchée par une très grave sécheresse, imputable au changement climatique, selon l’ONU. La plus grave depuis 40 ans.

Madagascar est le premier pays au monde à connaître la faim à cause du réchauffement climatique. L’organisation internationale estime à plus d’un million de personnes en situation d'insécurité alimentaire sur une population totale de 27 millions d'habitants. Le sud du pays, où la sécheresse a gravement mis à mal les récoltes et l’accès à la nourriture, est la région la plus impactée.

Le photographe de l'AFP Rijasolo a sillonné le sud du pays à la rencontre de ses habitants. 20 images illustrent ce propos.

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 En raison d’une sécheresse persistante, "des chutes drastiques de production de l'ordre de 40 à 60% par rapport à la moyenne des cinq dernières années" ont touché les principales cultures de Madagascar comme le riz, le maïs ou le manioc, rappelle en avril 2021 l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Même le débit de la rivière Mandrare, principale source d’eau de plusieurs communes du sud-est, a considérablement diminué.    RIJASOLO /AFP
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En août 2021, l'Unicef et le Programme alimentaire mondial (PAM) tirent la sonnette d'alarme en déclarant que la malnutrition pourrait toucher un demi-million d'enfants âgés de moins de 5 ans. Les enfants souffrant de malnutrition aiguë vont être quatre fois plus nombreux par rapport à la précédente évaluation de 2020 "avec des conséquences irréversibles pour leur croissance et leur développement", déclarent les organismes cités par franceinfo Afrique.    RIJASOLO /AFP
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Les habitants de Madagascar sont habitués depuis très longtemps à être régulièrement impactés par le "Kere", le manque de nourriture au moment de la période de soudure (juste avant les premières récoltes, quand le grain de la récolte précédente est épuisé). Mais ces dernières années, ce phénomène s’est gravement intensifié. L'ONU estime les besoins à 67 millions d'euros pour la prochaine période de soudure qui commence en octobre 2021.      RIJASOLO /AFP
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Dans la région des provinces du sud, la plus impactée par la sécheresse, la verdure s’est raréfiée et l'agriculture est devenue pratiquement impossible. Les habitants de nombreux villages en situation de "malnutrition sévère", voire de famine, sont obligés alors d’abandonner leurs maisons. Et l'isolement de nombreux villages du sud aggrave cette situation, explique l’AFP.      RIJASOLO/AFP
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La région la plus durement touchée se situe autour d'Ambovombe-Androy, où la malnutrition aiguë globale atteint 27% de la population. Des dizaines de milliers d'hectares de champs sont transformés en poussière.    RIJASOLO/AFP
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Certaines familles affamées sont contraintes de se nourrir de criquets, d'argile et de feuilles de cactus, car la plante ne donne plus de fruit, le principal aliment de cette région.    RIJASOLO/AFP
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Comme d’autres villageois, une femme fait bouillir du cactus, après avoir retiré les piquants à la machette pour créer un coupe-faim couramment utilisé dans la région, en dépit des maux de ventre qu'il provoque. Mais cette pratique peut être dangereuse pour la santé.     RIJASOLO/AFP
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A Fenoaivo, Tsihorogne Monja un homme de 45 ans veille sur le corps de son père mort en juin qui repose sous un tissu. "Mon père a eu très faim. Il a mangé trop de cactus (raketa) et d'écorces de tubercules. C'est ça qui l'a tué, comme s'il avait été empoisonné", déclare-t-il à l’AFP.    RIJASOLO/AFP
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De nombreux villages sont abandonnés ou peuplés de paysans qui ne peuvent plus travailler une terre devenue stérile. Arzel Jonarson, 47 ans, auparavant employé par des cultivateurs de manioc, est depuis de longs mois sans travail. Aujourd’hui, il récolte du bois. En une semaine, il gagne péniblement 22 centimes d'euros, le prix d'un bol de riz.   RIJASOLO/AFP
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A Ankilidoga, un couple âgé et leur fille font cuire des herbes sauvages, en ajoutant beaucoup de sel pour atténuer leur amertume. Normalement, ils cultivent maïs, manioc, arachides et patates douces, mais cette année, la terre n’a rien donné. Et le grand réservoir qui récolte les eaux de pluie dans le village est vide depuis longtemps.    RIJASOLO/AFP
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Un autre villageois, Jonarson Revoria, 73 ans, agriculteur, montre un petit bassin qu’il a creusé dans le sol pour recueillir l'eau de pluie. Mais ce celui-ci aussi est asséché depuis juillet. Le village d’Ifotaka connaît la même situation, car la dernière pluie qui remonte à mai n’a duré que deux heures.      RIJASOLO/AFP
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Kazy Zorotane, une paysanne de 30 ans qui élève seule ses enfants, déclare : "Je n'ai reçu aucune aide depuis des mois. La dernière fois, en juin, c'était un peu d'argent distribué par le gouvernement", l'équivalent d’une vingtaine d’euros. Selon plusieurs élus de la commune, les dernières aides de l'Etat, sous forme de riz, d'huile et de haricots, ont largement été détournées par des militaires en août. Et seulement 90 personnes, sur les 500 identifiées, ont reçu cette aide.      RIJASOLO/AFP
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Les gens sont fatigués physiquement et mentalement. "Je me sens malade et stressée. Chaque jour je me demande ce que nous allons bien pouvoir manger", confie à l'AFP Monique Helmine, mère de six enfants qui approche de la cinquantaine, dans le village d'Atoby.      RIJASOLO/AFP
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Beaucoup survivent grâce à l’aide alimentaire du PAM et des ONG internationales ou locales, appuyées par le gouvernement. Les familles repartent avec de la nourriture calculée selon le nombre d'enfants et pour une période de quinze jours.    RIJASOLO/AFP
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La clinique mobile de Médecins sans frontières, qui se déplace de village en village, offre aux enfants des "plumpy", sachets rectangulaires contenant une pâte alimentaire calorique au goût d'arachide.     RIJASOLO/AFP
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Les cas les plus urgents sont examinés en priorité par les membres de MSF. Les petits sont pesés dans des bassines et la circonférence de leurs bras vérifiée, car c’est un indicateur précieux pour mesurer les effets débilitants de la malnutrition aiguë.    RIJASOLO/AFP
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Zapedisoa, neuf ans, est venu avec sa grand-mère à Befeno pour recevoir des soins car il ne pèse que 20 kilos et présente des signes alarmants. L'équipe lui donne médicaments et suppléments alimentaires.    RIJASOLO/AFP
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Satinompeo, une petite fille sévèrement malnutrie de cinq ans, ne pèse que 11 kilos.    RIJASOLO/AFP
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Sur les étals, dans les rues d'Amboasary Atsim, la viande de poulet ou de chèvre et les légumes se font rares et coûtent très chers. Quant à la viande de zébu, elle est réservée uniquement à des événements exceptionnels (enterrements, mariages, etc.).      RIJASOLO/AFP
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L'économie malgache, déjà très fragile, a été "durement touchée par la crise du Covid-19". Et le sud est d’autant plus impacté par cette situation, car "les capitaux qui lui sont destinés s'évaporent dans la corruption", déclare "The Economist".    RIJASOLO/AFP