VIDEO. En pleine Méditerranée, la longue attente des rescapés de l'"Ocean Viking"

Mardi soir, le navire humanitaire "Open Arms" a pu accoster à Lampedusa (Italie), permettant à quelque 80 migrants rescapés de fouler le sol européen après 19 jours en mer. Mais une autre embarcation, "Ocean Viking", reste quant à elle bloquée en mer. 

FRANCEINFO

Des scènes de liesse sur la côte de Lampedusa. Mardi 20 août, les quelque 80 migrants à bord du navire humanitaire Open Arms, secourus alors qu'ils tentaient de traverser la mer Méditerranée, ont pu poser le pied sur l'île italienne, après presque vingt jours passés en mer. Mais une autre embarcation attend encore, interdite d'accoster, bloquée entre les îles de Malte et de Lampedusa. Il s'agit de l'Ocean Viking, gérés par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières. Jeudi, les premiers migrants secourus par le navire débutaient leur douzième jour en pleine mer, dans l'attente de fouler le sol européen.

"Il faut se rendre compte que l'on est sur un navire qui fait moins de 70 mètres. Il y a 356 personnes qui sont sur le pont et dans les abris de fortune. Plus on attend, plus on prend de risques", alerte auprès de franceinfo Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS Méditerranée. 

Ces centaines d'exilés ont été secourus lors de quatre opérations de sauvetage, entre le 9 et le 12 août, au large des eaux libyennes. Parmi eux, quelques femmes et enfants, et 103 mineurs, pour la plupart non accompagnés. La situation, encore relativement stable, devient jour après jour critique. "Ils sont dans cette immensité qu'est la mer, on ne voit pas de côtes à l'horizon. Il y a énormément d'angoisse, d'anxiété", relate Fabienne Lassalle.

Les équipes sont constamment interrogées sur quel va être leur devenir, que se passe-t-il, où sont-ils ?

Fabienne Lassalle, directrice générale adjointe de SOS Méditerranée

à franceinfo

Mercredi après-midi, une erreur de communication a créé une panique générale parmi les personnes à bord. De nombreux rescapés ont cru qu'ils pouvaient être renvoyés en Libye, où certains ont vécu l'enfer pendant plusieurs mois. 

"Cette situation ne peut pas durer"

Alessandro, membre de l'équipe de recherche et de sauvetage à bord de l'Ocean Viking, évoque lui aussi des rescapés "fatigués d'attendre". "Il y a des gens qui vivent et dorment sur le pont. Cela fait onze jours qu'ils partagent un petit espace sans aucune intimité", rappelle-t-il. Ces migrants sont également très éprouvés par les conditions de leur exil. "Il n'y a pas d'urgence médicale à ce stade, mais l'équipe chargée des soins a vu des signes de torture, des signes à la fois physiques et psychologiques, sur la plupart des personnes rescapées", relate Alessandro auprès de franceinfo.

Ce dernier alerte également sur les conditions sanitaires et d'approvisionnement. "Nous ne pouvons pas garantir une situation hygiénique à bord beaucoup plus longtemps", prévient le membre de l'équipe de sauvetage. "Cette situation ne peut pas durer, y compris sur les aspects de nourriture, poursuit Fabienne Lassalle. Ce ne sont même pas des repas, ce sont des distributions de nourriture avec des barres énergétiques, une fois par jour." 

Ils ont risqué leur vie pour prendre la mer, et maintenant, ils doivent encore subir cette longue attente dans une situation très instable. Ce n'est pas humain.

Alessandro, membre de l'équipe de sauvetage

à franceinfo

Mercredi soir, la situation restait bloquée pour l'embarcation humanitaire. "Malte nous a opposé une fin de non-recevoir et l'Italie n'a pas répondu", explique au micro de franceinfo Michaël Neuman, directeur d'études au centre de réflexions de l'action et des savoirs humanitaires (Crash) de Médecins sans frontières (MSF). Les personnes à bord "sont à bout de souffle".

Des migrants secourus en mer Méditerranée, à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 20 août 2019 entre l\'île de Lampedusa (Italie) et Malte. 
Des migrants secourus en mer Méditerranée, à bord du navire humanitaire Ocean Viking, le 20 août 2019 entre l'île de Lampedusa (Italie) et Malte.  (ANNE CHAON / AFP)