Pour reconstruire la Libye, les 75 représentants réunis à Tunis devront mettre de côté tous les antagonismes

Réunis sous l'égide des Nations unies, les délégués sont parvenus à définir une feuille de route pour des élections dans 18 mois au plus.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le président tunisien Kaïs Saïed et la représentante de l'ONU pour la Libye Stephanie Williams ouvrent le Forum pour le dialogue politique en Libye, le 9 novembre 2020 à Tunis. (YASSINE GAIDI / ANADOLU AGENCY)

Au troisième jour du Forum de Tunis sur la Libye, l'ONU pavoisait au soir du 11 novembre, annonçant même que les participants étaient parvenus à une feuille de route préliminaire prévoyant des élections dans les 18 mois. Un résultat rapide qui peut surprendre, tant les réserves formulées sur ces pourparlers étaient nombreuses.

Rappel des faits

Depuis l'échec de l'offensive de l'Armée nationale libyenne (ALN) du maréchal Haftar contre la capitale Tripoli, au printemps 2020, la diplomatie a repris lentement ses droits. Pourtant à l'été, la tension était à son paroxysme, notamment quant au jeu de la Turquie, soutien du Gouvernement d'union nationale (GNA), dans le conflit.

En août dernier cependant, un premier signe est apparu avec un appel à un cessez-le-feu de la part des deux camps opposés. Un timide premier pas qui a conduit à des discussions à Rabat et à Genève. L'affaiblissement du général Haftar côté ALN, le retrait annoncé de Fayez al-Sarraj à la tête du GNA de Tripoli, ont été un autre signe que les temps avaient changé.

Finalement, le 23 octobre à Genève, sous l'égide des Nations unies, les belligérants parvenaient à un accord de cessez-le-feu "complet, national et permanent avec effet immédiat", selon les termes de Stephanie Williams, représente spéciale de l'ONU pour la Libye.

Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres a indiqué à cette occasion que la Mission d'appui des Nations unies pour la Libye (Manul) allait reprendre le forum de dialogue. "Il n'y a pas de solution militaire au conflit en Libye. Cet accord de cessez-le-feu est une étape cruciale. Il reste encore beaucoup de travail à faire", a-t-il dit.

Un forum avec 75 représentants

Le nombre de délégués en dit long sur la complexité du dialogue politique en Libye. 75 participants de tous bords, sélectionnés par l'ONU, mais sans la présence des leaders des deux camps. Malgré ce large éventail, plusieurs organisations ont critiqué la composition du forum, estimant que certaines forces politiques ou militaires n'y étaient pas assez représentées.

75 représentants, choisis par l'ONU, siègent depuis le 9 novembre 2020 à Tunis. Ils doivent parvenir à un accord pour une solution politique pour la Libye. Il s'agit notamment de préparer des élections, mais également d'installer un gouvernement de transition. (YASSINE GAIDI / ANADOLU AGENCY)

Sur Kapitalis, le site web tunisien d'actualité, le journaliste Hassan Mansour n'avait pas de mots assez durs pour prédire l'échec de ce forum. Il dénonce la surreprésentation des Frères musulmans, dont 42 délégués sont soit membres soit sympathisants. Il constate également l'absence de représentants de certaines tribus Berbères Toubou ou Touareg.

Et maintenant ?

Les délégués "sont parvenus à une feuille de route préliminaire pour mettre fin à la période de transition et organiser des élections présidentielle et parlementaires libres, justes, inclusives et crédibles", a déclaré l'émissaire par intérim de l'ONU en Libye, Stephanie Williams. "Ces élections devront être tenues dans un délai n'excédant pas 18 mois", a-t-elle ajouté.

Mais le plus difficile reste sans doute à venir pour le forum. Les 75 délégués sont chargés de nommer les trois membres d'un conseil présidentiel ainsi que le chef d'un gouvernement transitoire unifié, qui aura la tâche d'organiser au plus vite des élections. Pour cela, il leur faut mettre de côté tous les antagonismes, ce qui n'est pas une mince affaire. Le choix ne doit déplaire à personne, au risque de se retrouver dans la situation qui a prévalu jusqu'alors. Le gouvernement soutenu par l'ONU, créé en janvier 2016, n'a jamais pu assoir sa légitimité au-delà de Tripoli.

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