Libye : le Secrétaire général de l’ONU met en garde contre la prolifération des armes malgré l’embargo

Parallèlement à son appel à l’apaisement entre les parties en conflit en Libye, le Secrétaire général de l’ONU lance une nouvelle alerte. Il s’inquiète de l’armement entrant dans le pays en dépit de l’embargo imposé depuis 2011.

Les combattants d\'un groupe armé de la ville de Misrata (Est), fidèle au gouvernement d\'Accord national de Fayez al-Sarraj basé à Tripoli, préparent leurs armes pour se rendre au front, le 8 avril 2019, contre l\'Armée nationale libyenne dirigée par l\'homme fort de l\'Est, Khalifa Haftar.
Les combattants d'un groupe armé de la ville de Misrata (Est), fidèle au gouvernement d'Accord national de Fayez al-Sarraj basé à Tripoli, préparent leurs armes pour se rendre au front, le 8 avril 2019, contre l'Armée nationale libyenne dirigée par l'homme fort de l'Est, Khalifa Haftar. (STRINGER / DPA)

Qui donc continue à armer les belligérants en Libye, malgré l’embargo imposé par l’ONU après la chute du régime de Kadhafi ? Telle est la question que soulèvent les dernières déclarations d'Antonio Guterres.

"Des transferts d'armes dans le pays, y compris via la mer"

Déjà préoccupé par les combats près de Tripoli, le Secrétaire général de l'ONU s’est en effet inquiété, dans un rapport obtenu le 12 mai 2019 par l'AFP, de l’armement continuant à entrer dans le pays. "Je suis profondément préoccupé par les opérations militaires actuelles en Libye qui seraient alimentées par des transferts d'armes dans le pays, y compris via la mer", écrit-il dans ce document portant sur la mission européenne Sophia. Accréditée depuis 2016 par l'ONU, cette mission est autorisée à inspecter les navires croisant au large de la Libye.

Trois inspections ont été menées par des Européens en septembre, novembre et janvier, mais aucune arme n'a été trouvée, précise le rapport qui vient d'être remis au Conseil de sécurité. Dans une déclaration faite le même jour à Bruxelles, les Européens ont en tout cas insisté sur "l'engagement à respecter l'embargo sur les ventes d'armes" à la Libye.

Si la mission Sophia, un moment menacée, a été prolongée jusqu'au 30 septembre, ses moyens navals ont toutefois été retirés en mars après un refus de l'Italie d'accepter des débarquements de migrants par ces navires dont le deuxième objectif était de lutter contre les réseaux de passeurs.

Des armes saisies à Misrata et Khoms

Cependant, selon le document de l'ONU, les autorités portuaires et les douanes libyennes ont saisi en février à Misrata, ville de l’ouest fortement engagée contre l’offensive du maréchal Haftar, des véhicules blindés ainsi que des armes en janvier à Khoms. En décembre 2018, le site Algérie Focus avait révélé que les autorités portuaires de cette ville, de l’ouest également, avaient saisi un conteneur d’armes de guerre et de munitions de fabrication turque.

Les membres de la Commission de défense et de sécurité nationale du parlement libyen avaient réclamé à l’ONU des sanctions contre la Turquie, avait rapporté de son côté le quotidien libyen AL Moutawasit, soulignant que cet armement était destiné à "des groupes terroristes actifs sur le territoire libyen".

En dépit des appels internationaux à un cessez-le-feu, le maréchal Khalifa Haftar, soutenu notamment par l'Egypte, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, poursuit son offensive déclenchée le 4 avril pour s'emparer de Tripoli. Une reconquête toujours bloquée à ce jour par les combattants du gouvernement de Fayez al-Sarraj appuyé par la Turquie et le Qatar.

Dans un rapport récent, le Comité des experts de l'ONU chargé de contrôler l'embargo sur les armes indique enquêter sur l'implication d'une "troisième partie", possiblement les Emirats arabes unis, dans le lancement en avril de missiles sur des unités fidèles à Tripoli.

Un enquêteur de l'ONU sur le trafic d'armes à la frontière tuniso-libyenne

Ces mises en garde contre une prolifération d’armements qui ne ferait que prolonger le conflit interviennent en plein bras de fer de l’ONU avec la Tunisie qui retient prisonnier un de ses enquêteurs sur l’embargo en vigueur contre la Libye. Accusé "d’espionnage au profit de parties étrangères", Moncef Kartas préparait un rapport sur le trafic d’armes à la frontière tuniso-libyenne. Selon le site Mondafrique, "il s’agirait d’un rapport fouillé et indépendant sur l’implication des islamistes, ces dernières années, dans les trafics d’armes en Libye".

Des sources bien informées indiquent que l’enquêteur serait parvenu à la conclusion que la décision onusienne du blocus sur les armes en Libye aurait été violée par la Turquie et le Qatar, via la Tunisie, durant les années 2012-2013, rapporte le site.