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Libye : des forces américaines en action contre le terrorisme djihadiste?

Près de trois ans après l’intervention de l’Otan, la situation est loin d’être stabilisée en Libye, avec un Etat déliquescent et des institutions quasi inexistantes, souvent contestées (parfois violemment) de l’intérieur. Dans le sud du pays, la situation serait pire et cette vaste zone abriterait des groupes terroristes. Au point que des forces américaines interviendraient déjà sur le terrain.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
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Militant islamiste lors d'incidents à Benghazi en 2012. (ABDULLAH DOMA / AFP)
Le ministre nigérien de l'Intérieur, Massoudou Hassoumi, a appelé sur RFI la France et les Etats-Unis à intervenir militairement sans le sud de la Libye, considérée comme le nouveau bastion des djihadistes chassés du Mali. Pour les Occidentaux et plusieurs pays africains, le sud-libyen est indéniablement devenu le nouveau repaire de certains groupes islamistes du Sahel. Et ce, depuis que l'intervention française les a chassés du nord-Mali. Le Niger ne semble pas être le seul pays menacé. En effet, l’ex-Premier ministre libyen Mahmoud Djibril a indiqué le 9 février 2014 que «la Libye d’aujourd’hui est une véritable menace pour l’Algérie».
 
Pour le ministre nigérien de l’Intérieur, le sud de la Libye est devenu «un incubateur des groupes terroristes». Des termes qui ne sont pas sans rappeler ceux du directeur du Renseignement américain (DNI), James Clapper, qui avait déclaré fin janvier que l'Afrique subsaharienne était devenue un «incubateur» pour les groupes extrémistes. Il a estimé que la porosité des frontières libyennes et les «quantités massives d'armes en circulation déstabilisent davantage le pays, le Maghreb et la région sahélienne», rappelle France24. «Le sud de la Libye est devenu un sanctuaire du terrorisme international, rajoute Antoine Basbous,  politologue et directeur de l’Observatoire des pays arabes. «Parmi les groupes présents, il y a ceux qui ont échappé à l’intervention française au Mali, ceux qui se sont échappés de la Libye du Nord, ceux qui ont quitté l’Algérie», précise-t-il.

La situation au Sahel en général et dans le sud-libyen en particulier semblant explosive, elle devait faire partie des échanges entre François Hollande et Barack Obama à Washington. 

Drone Harfang de l'armée française au Niger en 2013, lors de l'opération Serval. (MARTIN BUREAU / AFP)

«Des unités Delta, déguisées en nomades»
«En Libye, l'idéal serait de monter une opération internationale. Le problème du sud de la Libye, c'est qu'il faudrait qu'il y ait un Etat dans le nord», avait estimé l'amiral Edouard Guillaud, alors chef d'état-major des armées françaises. «Ces propos, tenus devant la presse le 27 janvier et abondamment repris, ont créé un certain émoi en Libye, rappelait Le Monde, bien que le haut responsable militaire ait pris soin d'ajouter: «Nous n'irons pas sans mandat (…). Il faudra bien se poser la question de la sécurisation du sud de la Libye, mais si possible avec les Libyens. Nous n'irons pas sans mandat (…). Il faudra bien se poser la question de la sécurisation du sud de la Libye, mais si possible avec les Libyens.»

Les Américains n’auraient peut-être pas attendu les affirmations du militaire français. «Depuis la fin de l'année dernière, des unités Delta, déguisées en nomades, encadrent des membres des forces spéciales libyennes dans leur chasse contre al-Qaida dans le sud du pays», ont affirmé au Figaro une source militaire française. «Les Etats-Unis estiment que la menace de désintégration du sud-libyen est telle qu'ils ne peuvent plus se contenter d'un simple traitement aérien de cette menace.» Ces équipes mixtes sont appuyées par des drones et d'autres moyens de reconnaissance aériens, qui repèrent des convois jugés suspects. «Ensuite, à bord de leur 4×4, les commandos se rapprochent de la cible, et la plupart du temps, les Américains laissent les Libyens traiter l'objectif», précise la source citée par Le Figaro.

«Que des marines soient présents en Tunisie ou en Libye, n'est donc pas une surprise. Créer une nouvelle carte géopolitique constitue un objectif du Pentagone, d'où cette information selon laquelle il existe une base militaire au sud de la Tunisie. Rapportée par l'Expression une première fois, un quotidien arabophone une deuxième fois, ensuite démentie par les Américains et la Tunisie, voilà que cette information regagne les colonnes de la presse. Citant une source diplomatique, le quotidien français Le Figaro relance, en effet, la polémique en rapportant "l'existence d'une base américaine secrète en Tunisie, près de la frontière libyenne"», affirmait le journal algérien l’Expression.

Pourtant, officiellement, aucune action n’est prévue. «Non, une intervention non. En revanche nous avons une réunion (internationale) début mars à Rome ─ toute une série de pays ─ pour aider davantage la Libye, car c'est vrai qu'il y a des regroupements de terroristes dans le sud», a affirmé Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères sur RTL, le 10 février 2014,

Le ministre a cependant reconnu que «la situation en Libye est difficile. Il y a beaucoup d'armes, l'Etat a du mal à imposer son autorité». Au sol, les forces spéciales américaines sont lancées dans leur exercice annuel Flintlock avec les armées de la région. «L’édition de cette année intervient dans un contexte marqué par l’escalade de la violence en Libye, où des groupes extrémistes liés à al-Qaïda, tels que ceux d’Ansar al-Sharia, se sont implantés dans plusieurs villes de l’est», écrit Sahel-IntelligenceA Niamey, les hangars des drones Reaper de surveillance américains et français se jouxtent. Paris vient d'agrandir la base aérienne capable d'accueillir désormais des Rafale.

La situation intérieure libyenne n’aide pas à résoudre la crise. Les incidents et les affrontements sont nombreux, alors que le pays est en pleine crise politique. Selon Le Monde, des combats dans le sud-libyen ont fait environ une centaine de morts à des centaines de kilomètres au sud de Tripoli. Bref, la stabilisation du Sahel ne semble pas être entre les mains de la Libye qui n'est plus le pôle de stabilité qu'il était.

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