Libye : "ce qui pose problème, c’est l'absence de contrôle sur les armes françaises"

Alors que quatre missiles antichars appartenant à la France ont été retrouvés dans un camp pro-Haftar, le ministère des armées nie qu'elles ont été transférées à des forces locales. Michel Tibiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme réagit sur franceinfo. 

Missiles antichar de type Javelin montrés par les forces du gouvernement de Tripoli, retrouvés dans un camp des forces du maréchal libyen Khalifa Haftar, le 29 juin 2019.
Missiles antichar de type Javelin montrés par les forces du gouvernement de Tripoli, retrouvés dans un camp des forces du maréchal libyen Khalifa Haftar, le 29 juin 2019. (- / AFP)

À la suite des révélations du New York Times, mardi 9 juillet, expliquant que quatre missiles antichars de type Javelin avaient été achetés par la France aux États-Unis, le gouvernement français a admis, mercredi 10 juillet, que ces missiles retrouvés dans une base du maréchal libyen Khalifa Haftar, près de Tripoli, lui appartenaient. La ministre des Armées, Florence Parly, a expliqué qu’il s’agissait d’armes hors d'usage, que les Français avaient stockées dans un dépôt et qui donc n’avaient pas été vendues à la milice.

"J’avoue quand même être quelque peu dubitatif sur le fait qu'on laisse à l'abandon des missiles antichars et que l'on puisse les retrouver ensuite entre les mains d’une milice", a expliqué Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, mercredi 10 juillet, sur franceinfo.

"Il y a dans ce domaine du commerce des armes un souci à la fois de rentabilité mais aussi un souci politique qui échappe à tout contrôle démocratique", poursuit-il, dénonçant "l'absence de contrôle sur les armes françaises".

franceinfo : Est-ce que cette révélation vous étonne ?

Michel Tubiana : Oui elle m'étonne, parce que si j'ai bien compris les explications données par le gouvernement français, il s'agirait de vieux missiles en mauvais état. Je ne savais pas que l'armée française était si riche qu'elle pouvait se priver d’engins de ce genre, qu'elle pouvait les abandonner et qu'ils pouvaient être retrouvés dans un camp militaire d’une milice.

Est-il vraiment possible que l'armée stocke des vieilles armes dans des dépôts par-ci par-là ?

Il faut croire la ministre sur parole. Mais j’avoue quand même être quelque peu dubitatif sur le fait qu'on laisse à l'abandon des missiles antichars et que l'on puisse les retrouver ensuite entre les mains d’une milice, dans un contexte extrêmement tendu de guerre ouverte entre différentes factions en Libye, dont une aurait apparemment des faveurs du gouvernement français.

Quelle est la position de la France dans ce conflit ?

Officiellement, elle appelle à la réconciliation. Officieusement, vous savez comme moi qu'un certain nombre d'informations ont été données sur l'implication de la France aux côtés d'une des parties. Mais en tout état de cause, ce qui m'étonne et ce qui me pose problème une fois de plus, c’est l'absence de contrôle sur les armes françaises et notamment l'absence de contrôle parlementaire. Bien évidemment, ce ne sont pas les parlementaires qui vont aller voir ce qui se passe sur place. Mais que ce soit des armes en Arabie Saoudite, que ce soit dans le cadre de la guerre du Yémen, ou soit les armes en Libye, on s'aperçoit que l'exécutif fait ce qu'il veut sans aucun contrôle et ce n’est pas sain y compris pour les engagements internationaux.

Est-ce qu'on peut réellement comparer cette situation avec celle au Yémen où la France a vendu des armes à l'Arabie Saoudite, dont certains disent qu'elles sont utilisées contre les rebelles Houthis ?

Je vous rappelle qu'il existe un embargo sur les armes à destination de la Libye et que, certes, ces armes sont présentées comme étant à l'usage des troupes françaises mais je constate qu'elles sont entre les mains d'une milice qui n'a rien de trop française. Et là je ne peux que m'interroger sur le respect des engagements internationaux de la France en Libye comme en Arabie Saoudite.

Est-ce qu'il y a des pays qui arment officiellement les troupes du général Haftar ?

Dans la mesure où il y a un embargo, je pense qu'il n'y a rien d'officiel. Cela n'empêche pas, me semble-t-il, les uns et les autres d'alimenter les factions en armes. Il y a dans ce domaine du commerce des armes un souci à la fois de rentabilité mais aussi un souci politique qui ne dit pas son nom et qui échappe à tout contrôle démocratique et pas en particulier en France.