En Libye, une décennie de chaos depuis la mort de Kadhafi

Retour sur dix ans marqués par des conflits permanents.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des combattants de l'auto-proclamée Armée nationale libyenne (LNA), les forces de l'Est libyen, le 18 juin 2020. (ABDULLAH DOMA / AFP)

Le 20 octobre 2011, après des semaines de fuite, Mouammar Kadhafi, l’ancien "guide" libyen, est capturé, puis tué près de Syrte, sa région d’origine. L'événement met fin à l’épisode du Printemps arabe qui s’est transformé en conflit armé dans le pays, entraînant l’intervention de pays occidentaux. La mort de Mouammar Kadhafi est à l’époque vécue comme une "libération", selon l’expression du Conseil national de la transition (CNT), l’organe politique de la rébellion. En fait, elle va plonger le pays dans une crise politique et économique qui dure depuis dix ans.

Du premier scrutin libre à la guerre

En pleine euphorie post-révolutionnaire, le pays élit sa première Assemblée nationale le 7 juillet 2012. Le Congrès général national (CGN) va remplacer le CNT. Mais le scrutin est émaillé de violences et celles-ci vont se prolonger au-delà des élections. En septembre, le consulat américain à Benghazi est attaqué et l’ambassadeur Christopher Stevens trouve la mort lors de l’attaque. Puis quelques mois plus tard, en avril 2013, c'est celui de la France à Tripoli qui est visé. C’est le début du repli sur soi de la Libye, les missions diplomatiques ferment les unes après les autres.

L’année 2014 va marquer le basculement dans la guerre. Le gouvernement se montre incapable d’empêcher les attaques à répétition de groupes armées sur les installations pétrolières. Dirigé par des islamistes, le CGN décide d’imposer la charia au pays, et surtout de prolonger son mandat au-delà de son terme.

Le poids des milices

Le général Khalifa Haftar, nommé chef de l’Etat-Major des armées à la chute de Kadhafi, va alors tenter de devenir le nouvel homme fort de la Libye. Mais en 2014, il échoue à prendre le contrôle de Tripoli face aux milices et se replie alors dans l’est du pays, à Benghazi, où il installe son gouvernement. Une période critique pour le pays qui voit Daech s'implanter dans la région de Syrte.

En décembre 2015, des représentants de la société civile et des députés signent difficilement à Skhirat, au Maroc, un accord parrainé par l'ONU. Un Gouvernement d'union nationale (GNA) est proclamé. Son chef Fayez al-Sarraj s'installe à Tripoli en mars 2016, mais dans l'Est, le cabinet parallèle et le Parlement rejettent le GNA. Le pays va alors être dirigé par deux entités : le GNA à l’Ouest, la LNA (Armée nationale libyenne) d’Haftar à l'Est.

Un pouvoir somme toute très relatif. Plus que jamais, la Libye est aux mains des milices, dont la plus redoutable est le groupe Etat islamique. Des milices qui font la pluie et le beau temps, au gré des renversements d’alliances. Le contrôle des principaux terminaux du pays devient l’enjeu d’un conflit qui peu à peu grossit. Daech, sorti de l’échiquier fin 2016, Haftar peut dès lors s’intéresser à Tripoli.

Le nouvel échec d'Haftar

En avril 2019, le désormais maréchal Haftar lance l’offensive sur Tripoli. Les espoirs de dialogue entre les deux camps s’écroulent, alors que chacun cherche un appui international. Et c’est grâce au soutien des Turcs que le GNA repoussera au printemps 2020 l’offensive de la LNA soutenue par la Russie. En octobre, un cessez-le-feu est finalement signé entre les belligérants. Lequel ouvre la voie à une solution négociée pour un retour à la paix et la construction d’un régime démocratique. Mais la route est parsemée d’embûches, et rien n'assure que les élections législatives et présidentielle prévues le 24 décembre prochain auront bien lieu.

La vie quotidienne des Libyens n’est pas non plus de tout repos. "Partout dans ce pays de sept millions d'âmes se détachent les ossatures rouillées d'immenses grues trônant sur les carcasses de bâtiments inachevés, envahis par les herbes folles, témoins d'une économie à l'arrêt", écrivait l’AFP en février 2021.

La paix enfin ?

Et malgré la reprise de la production pétrolière, le pays est loin d’être sorti d’affaire. Les pénuries succèdent aux pénuries, en particulier de produits pétroliers et d’électricité, disponible à mi-temps. L’inflation est galopante : plus 25% sur le pain, un aliment essentiel. Le ministère de l'Economie du GNA l'a récemment reconnu : la majorité des produits de première nécessité ont vu leur prix augmenter de plus de 50% en 2020.

Dans les années 2000, le PIB de la Libye par habitant était le plus élevé du continent. Dix ans après la disparition de Kadhafi, le bilan est particulièrement sombre. Seule satisfaction, les avoirs à l’étranger de la Libye ont été placés sous séquestre en 2011 par l’ONU afin d’éviter les détournements. Largement de quoi relancer le pays quand le calme sera revenu.

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