Depuis Pline l'Ancien ou Avicenne, la truffe blanche est recherchée en Libye

Des ramasseurs de truffes blanches bravent l'insécurité et le froid du désert à la recherche de ce précieux champignon, convoité par la population locale mais aussi par les riches pays du Golfe, où il est considéré comme un produit de luxe. Il est connu et récolté depuis la nuit des temps, comme le montrent les textes anciens. 

Chasseur de truffes, Milad Mohamad brandit une truffe blanche, connue localement sous le nom de \"terfas\", dans le désert d\'Al-Hamada al-Hamra en Libye (février 2019).
Chasseur de truffes, Milad Mohamad brandit une truffe blanche, connue localement sous le nom de "terfas", dans le désert d'Al-Hamada al-Hamra en Libye (février 2019). (/ AFP)

Appréciées en Libye depuis l'époque romaine, ces truffes blanches ou, comme les appellent les habitants d'Afrique du Nord, les "terfas" ou "terfess" – un dérivé de leur nom latin, Terfezia Leonis –, sont également utilisées en médecine traditionnelle.

Ces champignons ne sont pas reconnus comme des truffes en Europe. Ces "terfez n’ont pas le droit à l’appellation truffe sur nos marchés en France. Le prix des terfez est très inférieur à celui de la truffe noire", précise le site Truffe-passion.

Cela n’empêche pas d’être appréciés, et cela depuis longtemps. "La misy, c’était selon Pline, une truffe d’un meilleur goût et d’un parfum plus agréable que les autres. Il est certain que l’on rencontre dans les parties sablonneuses du littoral de la Libye une espèce de couleur blanche. Les Arabes m’ont affirmé qu’il en existait en quantité au bord de Syrte"… peut-on lire dans l'ouvrage Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque et les oasis d'Audjelah et de Maradeh (1827), de Jean-Raymond Pacho.

Les citations rendant hommage à ce champignon du désert sont nombreuses. Les propos de Pline étaient déjà notés dans l’Encyclopédie de Diderot qui évoque donc la "misy cyrénaique". Au Xe siècle, Avicenne "met au rang des meilleures truffes celles qui ont (…) couleur de sable".

Avec de telles critiques, pas étonnant que le produit soit recherché. Les Koweïtiens en raffolent tant que pour vendre ce champignon si convoité, des centaines de marchands postulent chaque année afin de décrocher un stand au marché aux truffes de Koweït. Mais moins d'un quart d'entre eux sont tirés au sort.

Moins prestigieux et moins cher que son cousin noir, ce champignon souterrain ne pousse pas sous les chênes mais en plein désert, après des chutes de pluie. Il passionne les bédouins, qui l'intègrent dans la préparation de leurs plats traditionnels à base de riz et de viande ou le consomment en sauce, bouilli avec des oignons. "Cette année, le marché est inondé de truffes en provenance de Libye. C'est cyclique, cela arrive tous les six ans. Beaucoup de truffes viennent aussi de Tunisie", indiquait un marchand koweïtien, Mohammed al-Chemmari, à l’AFP en 2018.

"A Bône, les spahis en mangeaient tous les jours"

Très recherchée pour sa valeur nutritionnelle et pour son goût, la truffe blanche a vu son prix tripler ces dernières années en Libye, en raison de conditions climatiques défavorables mais aussi de l'insécurité dans le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Mais en 2019, la récolte a été suffisamment abondante pour faire baisser considérablement les prix de gros, passés de 130 dinars (environ 33 dollars) le kilo en début de saison, à 80 dinars (20 dollars) pour les meilleures truffes, selon un commerçant cité par l'AFP.

Cette truffe blanche ne se trouve pas qu'en Libye. On la ramasse dans tous les pays du Maghreb, comme en témoigne ce texte du général Duvivier : "La truffe blanche est très commune en Algérie, surtout dans le sud. Je l’ai vue pour la première fois en 1836. A Bône (aujourd'hui Annaba, NDLR), les spahis en mangeaient tous les jours" (Examen des quatorze observations de M.le Général Duvivier par le Dr Guyon, 1843).