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La campagne qui veut faire tomber Joseph Kony essuie des critiques

La vidéo postée par Invisible Children a été vues plusieurs millions de fois. Elle dénonce l'enrôlement d'enfants par le rebelle ougandais. Mais la méthode de cette campagne et l'ONG qui l'a lancée sont critiqués.

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France Télévisions
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Joseph Kony, le chef de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), à Ri-Kwamba, au Sud-Soudan, le 12 novembre 2006. (STUART PRICE / AFP)

Depuis le mercredi 7 mars, la vidéo qui entend faire tomber Joseph Kony a déjà été vue par des dizaines de millions d'internautes sur YouTube. Ce clip d'une trentaine de minutes, lancé par l'ONG Invisible Children, souhaite créer une mobilisation internationale pour qu'il soit traduit en justice. Pourquoi ? Il est le chef de la violente rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

 

Mais cette vidéo au succès foudroyant a été critiquée comme étant excessivement simplificatrice, notamment parce qu'elle ne rappelle pas assez clairement, selon ses détracteurs, que la LRA est aujourd'hui très affaiblie : elle a été chassée d'Ouganda et contrainte de se replier en Centrafrique.

"Il doit être rappelé clairement que la LRA n'est actuellement active sur aucune partie du territoire ougandais" après "avoir été chassée (par l'armée ougandaise) à la mi 2006", poursuit Kampala, la capitale du pays.

Flou autour d'Invisible Children 

Le site Vice a listé plusieurs critiques à l'égard de l'ONG. Invisible Children ne serait pas nette financièrement. Par exemple, elle aurait refusé de travailler avec l'organisation Better Business Bureau, qui enquête sur l'éthique des entreprises.

Vice rapporte également une remarque d'un think thank américain, le Council on Foreign Relations. Selon lui, Invisible Children a "manipulé les faits à des fins stratégiques en exagérant le phénomène des enlèvements et des meurtres de la LRA ainsi que son utilisation d'enfants innocents pour gonfler les rangs de ses troupes".

Rihanna mobilise ses fans

Mais ces remarques ont été formulées après la mise sur orbite de la campagne. Sur le réseau social Twitter, le mot-clef "#stopkony" a été jusqu'à jeudi parmi les plus utilisés dans le monde, rivalisant avec les tweets concernant le nouvel iPad d'Apple et ceux sur la panne géante de Facebook.

Le mouvement a reçu le soutien de nombreuses stars. "Cher Joseph Kony, je vais aider à te rendre célèbre !!!! Nous allons t'empêcher d'agir. #StopKONY !", a écrit sur son compte le rappeur américain Sean "Diddy" Combs, demandant aux cinq millions de personnes suivant son compte de relayer son message.

"Hé ! Nous devons #STOPKONY", a lancé l'actrice américaine Zooey Deschanel sur son compte Twitter, tandis que la chanteuse originaire de La Barbade Rihanna invitait les 14,6 millions d'abonnés de son compte à "diffuser massivement" la vidéo d'Invisible Children.

Kony recherché pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité

L'Armée de résistance du Seigneur, active depuis 1988 dans le nord de l'Ouganda, mène une des guérillas les plus brutales au monde. Depuis 2005, ses combattants, dont nul ne sait exactement combien il en reste, se sont repliés dans l'extrême nord-est de la République démocratique du Congo, ainsi qu'en Centrafrique et au Sud-Soudan.

Son chef, Joseph Kony, est recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. En octobre dernier, les Etats-Unis avaient indiqué qu'il se trouvait "probablement" en Centrafrique. Fin 2011, un contingent des forces spéciales américaines, venu de Kampala (Ouganda), est d'ailleurs arrivé dans l'est de la Centrafrique, en soutien aux forces des pays d'Afrique centrale luttant contre cette rébellion.

Mais après une accalmie en 2011, les attaques des rebelles ont repris début 2012. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a estimé mardi que 3 000 personnes avaient encore dû fuir la région depuis le début de l'année. Le HCR rappelle également que les violences causées par la LRA ont provoqué le déplacement d'environ 320 000 personnes depuis 2008. Et 20 000 enfants auraient été enrôlés de force par la rébellion.

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