La francophonie élit à sa tête la Rwandaise Louise Mushikiwabo

Elle a été préférée à la sortante Michaëlle Jean, malgré les sévères critiques envers la candidature rwandaise.

Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères rwandaise, le 11 octobre 2018 à Erevan (Arménie).
Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères rwandaise, le 11 octobre 2018 à Erevan (Arménie). (BENOIT DOPPAGNE / BELGA MAG / AFP)

La francophonie a couronné, vendredi 12 octobre, la Rwandaise Louise Mushikiwabo face à la sortante canadienne Michaëlle Jean, consacrant ainsi la victoire de l'Afrique et de la France, malgré les critiques qui pointent du doigt le peu de cas que le Rwanda ferait de la défense des droits fondamentaux et du français.

Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, a été nommée secrétaire générale par consensus lors d'une réunion à huis clos, au dernier jour du sommet à Erevan (Arménie) de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui regroupe 84 États et gouvernements.

"Un message très négatif"

Sa nomination ne faisait plus aucun doute depuis que sa rivale, Michaëlle Jean, avait perdu ses deux plus importants soutiens : le Canada et le Québec. Ces deux piliers de la francophonie, qui en sont, à eux deux, le deuxième bailleur de fonds, ont été contraints de renoncer face à la multiplication des pays se ralliant au Rwanda. La France d'abord, premier bailleur de fonds de l'OIF, où la candidature de Louise Mushikiwabo a été annoncée lors d'une conférence conjointe entre les présidents rwandais Paul Kagame et français Emmanuel Macron, à tel point que beaucoup y ont vu un dossier téléguidé par Paris. L'Afrique ensuite, après le soutien de l'Union africaine, présidée cette année par le même Paul Kagame.

Cette offensive diplomatique a eu raison des sévères critiques que la candidature du Rwanda avait suscitées. D'abord sur les droits humains : Paul Kagame, qui en est déjà à son troisième mandat, remporté avec un score de 98%, a fait changer la Constitution pour rester au pouvoir jusqu'en 2034. Sur la langue ensuite : le Rwanda a remplacé en 2008 le français par l'anglais en tant que langue obligatoire à l'école, avant de rejoindre le Commonwealth, pendant anglophone de l'OIF, un an plus tard. C'est d'ailleurs en anglais que Paul Kagame avait annoncé la candidature de sa ministre.

Le Rwanda "mène depuis des années une politique hostile à la langue française", accuse auprès de l'AFP Pierre-André Wiltzer, ancien ministre français de la Coopération et de la Francophonie (2002-2004). "Proposer maintenant une ministre du Rwanda pour diriger l'Organisation de la francophonie est un message très négatif pour tous les francophones de la planète."

La France espère un "électrochoc"

Dans un discours qui sonnait comme un baroud d'honneur, prononcé jeudi au premier jour du sommet, Michaëlle Jean avait dénoncé "les petits arrangements entre États", sans citer l'OIF. "Sommes-nous prêts à accepter que les organisations internationales soient utilisées à des fins partisanes ?" s'était-elle interrogée dans une allusion à peine voilée.

L'intronisation de Louise Mushikiwabo consacre le "retour" de l'Afrique à la tête de l'OIF, qui avait toujours été dirigée par des Africains avant Michaëlle Jean, et sa consécration en tant que locomotive de la francophonie. La France compte sur la nouvelle secrétaire générale, ministre très respectée, pour "provoquer une sorte d'électrochoc" au sein d'une OIF "considérée comme très lointaine" de la jeunesse africaine, "la principale cible de la francophonie", souligne-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron.