La fracture numérique, toujours d'actualité, handicape la croissance mondiale

Quels pays peuvent profiter au mieux du numérique pour accélérer leur développement ? C'est ce qu'a mesuré le rapport sur les technologies de l'information en 2015 grâce à l'indice de préparation aux réseaux (NRI). Les économies d'Afrique sub-saharienne sont les moins bien dotées.

Les principales économies victimes de la fracture numérique. 
Les principales économies victimes de la fracture numérique.  (Rapport mondial sur les technologies de l'information du Forum économique mondial, édition 2015)
De nombreuses institutions internationales avaient espéré, à la fin des années 90, que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) permettraient aux pays en voie de développement de se développer plus rapidement grâce au progrès technique incarné, notamment, par la propagation de l’usage d’Internet.

Le dernier rapport mondial sur les technologies de l'information du Forum économique mondial (WEF), publié le 29 avril 2015, confirme de nouveau que le développement exige d’autres prérequis. 

Indice de préparation aux réseaux 2015 : le top 10
Indice de préparation aux réseaux 2015 : le top 10 (Rapport mondial sur les technologies de l'information du Forum économique mondial, édition 2015)

Les pays d’Afrique sub-saharienne sont ceux qui souffrent le plus de la fracture numérique et les BRICS n'arrivent pas vraiment à tirer leur épingle du jeu. «Les économies en développement et émergentes du monde ne parviennent pas à exploiter le potentiel des technologies de l'information et de la communication pour favoriser la transformation sociale et économique et rattraper les pays plus avancés», indique le communiqué de presse

«Le rapport montre que la fracture numérique s'accroît entre les pays, ce qui est très préoccupant étant donné le rythme implacable du développement technologique. Les pays les moins développés risquent d'accumuler encore plus de retard », explique Soumitra Dutta, enseignant à la Samuel Curtis Johnson Graduate School of Management de l'Université Cornell, aux Etats-Unis, et co-auteur de l’étude.

«(Les économies) figurant parmi les 10% les mieux classées ont connu un niveau d'amélioration deux fois plus élevé depuis 2012 que celles figurant parmi les 10% les plus mal classées», selon l’indice de préparation aux réseaux (NRI, Networked Readiness Index), qui mesure depuis 2001 la capacité (facteurs, politiques et institutions) des Etats à tirer profit des opportunités qu’offrent les TIC. En tête de l’édition 2015, Singapour suivie par la Finlande, qui a été détrônée, et la Suède.


Profiter des TIC reste l'apanage des plus riches
Les économies les plus riches et les plus connectées sont celles qui enregistrent les meilleurs NRI. Les Etats baltes - Estonie (22e), Lituanie (31e) et Lettonie (33e) – ont fait de nombreux progrès depuis 2012, à l’instar des pays du Moyen-Orient comme les Emirats Arabes Unis (23e), le Qatar (27e) et le Barheïn (30e). En Afrique sub-saharienne, seule Maurice (45e), surnommée la «cyberîle», se distingue dans cette partie du monde. Du côté des BRICS, l'Afrique du Sud (75e), le Brésil (84e) et l'Inde (89e) ont reculé dans le classement 2015. Contrairement à la Russie (41e), qui a progressé, et à la Chine (62e) qui se maintient. 

Pour les auteurs du nouveau rapport sur les technologies de l'information, les téléphones mobiles ne sont pas la solution. «Les téléphones portables deviennent peut-être omniprésents dans le monde entier, mais la révolution des TIC ne fera pas par le biais de la voix ou des SMS». souligne Thierry Geiger, économiste principal au Forum économique mondial, qui a participé à l’étude.

Près de 40% de la population mondiale a accès à Internet alors que la moitié possède un téléphone mobile. «Sans un meilleur accès à une connexion Internet abordable, ajoute l'économiste, une énorme partie de la population mondiale continuera à vivre dans un état de pauvreté numérique, privée des formidables avantages économiques et sociaux que les TIC représentent». 

Cette pauvreté numérique n’épargne pas non plus à l’intérieur des pays les plus développés. Avoir l'opportunité d'accéder à la culture numérique, définie par l’Unesco comme étant l’ensemble des «compétences informatiques de base, comme la capacité d’utiliser un traitement de texte ou de naviguer sur l’Internet», reste encore un luxe pour beaucoup. 
 

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