Le Kenya va fermer l'immense camp de réfugiés de Dadaab, repaire de terroristes shebab, selon le pouvoir

Nairobi prévoit de fermer Dadaab d'ici le mois d'août 2019, selon un document du Haut-Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR). Situé à l'est du pays, il est considéré par le gouvernement kényan comme un risque pour la sécurité du pays.

Vue aérienne du camp de Dadaab, à l\'est du Kenya, près de la frontière avec la Somalie (mai 2015).
Vue aérienne du camp de Dadaab, à l'est du Kenya, près de la frontière avec la Somalie (mai 2015). (THOMAS MUKOYA / REUTERS)

Le document onusien, consulté par l'AFP, indique que les autorités kényanes ont envoyé le 19 février une note informant du "projet de fermer le camp de Dadaab dans un délai de six mois". Cette lettre demandait au HCR "d'accélérer la réinstallation des réfugiés et des demandeurs d'asile qui y résident".

600 000 réfugiés vivaient à Dadaab en 2011

Le HCR, de son côté, atteste de sa volonté de travailler avec le gouvernement tant aux retours volontaires dans les pays d'origine et qu'à la réinstallation des réfugiés dans d'autres camps du Kenya ou dans des pays tiers.

Longtemps classée comme le plus grand camp de réfugiés du monde, l'entité de Dadaab, située à l'est du Kenya, héberge aujourd'hui quelque 230 000 personnes. La plupart sont des Somaliens venus se réfugier au Kenya depuis le début de la guerre civile en 1991Le HCR avait alors établi les premiers camps du complexe de Dadaab. Beaucoup y vivent depuis cette époque.

Contacté par l'AFP, un travailleur humanitaire du camp a déclaré, sous couvert d'anonymat, que toutes les organisations internationales exerçant sur place sont au courant du projet de fermeture, sur lequel, d'après lui, "le gouvernement fait profil bas".

Une première fermeture controversée en 2016

En mai de cette année-là, le gouvernement kényan avait unilatéralement décidé de fermer le camp, qui comptait alors 350 000 personnes, le désignant comme un terrain d'entraînement pour les shebab somaliens.

Des dizaines de milliers de réfugiés étaient alors rentrés en Somalie dans le cadre d'un programme de retour. Un retour synonyme pour beaucoup, de conditions de vie extrêmes dans ce pays où cinq millions de personnes manquent de nourriture et où les forces armées somalienne et africaines se battent toujours contre le groupe islamiste lié à Al-Qaïda.

Selon Amnesty International, les autorités kényanes avaient alors menacé des réfugiés, leur ordonnant de partir, "ce qui soulevait des questions sur le caractère volontaire de ces retours". En février 2017, la Haute Cour de justice kényane a mis tout le monde d'accord en déclarant la fermeture du camp inconstitutionnelle, au motif qu'elle violait les engagements internationaux du Kenya et représentait une persécution à l'encontre des réfugiés. La Cour a également déclaré que les retours forcés au pays violaient la convention de l'ONU de 1951 sur les réfugiés.

Pour Nairobi, le camp de Dadaab est une source de graves dangers

Depuis l'envoi de ses troupes en Somalie en 2011, le Kenya a subi plusieurs attaques de shebab et le gouvernement n'a cessé de présenter Dadaab comme un risque pour la sécurité du pays. Les attaques du centre commercial Westgate à Nairobi, en 2013, puis de l'université de Garissa, en 2015, avaient selon lui été préparées à Dadaab, ce qui n'a pas été prouvé.

Ce nouveau projet de fermeture intervient quelques semaines après l'attaque du complexe d'hôtel et de bureaux Dusit, qui a fait 21 morts le 15 janvier 2019. Au moins 12 suspects ont été arrêtés à Dadaab, dans le cadre de l'enquête sur cette attaque. Mais une piste kényane a également été évoquée.