Kenya : quand le cricket sert de porte-voix aux Massaïs

Initiés au cricket il y a neuf ans, les Massaïs de la région de Laikipia au Kenya sont devenus des joueurs confirmés.

Forts de leur nouveau statut de sportifs, ils promeuvent ce jeu auprès des établissements scolaires et en profitent pour sensibiliser les jeunes aux problèmes de la délinquance et du sida.

Devenus des modèles pour les populations, ils essayent de changer les mentalités et de lutter contre des fléaux comme l’excision, la déforestation ou encore le braconnage.

Ils espèrent pouvoir faire passer un message de paix auprès des diverses communautés du Kenya et, qui sait, peut-être au-delà de leurs frontières.
 
 
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Le cricket a été importé au Kenya lors de la colonisation britannique. Ce sport n’était enseigné que dans les quatre plus grandes villes du pays, mais sans grand succès, car bien moins populaire que l'athlétisme, le football ou le rugby. Aujourd’hui pourtant, il prend un nouvel essor grâce aux pasteurs massaïs de la région de Laikipia et de son équipe les Maasai Cricket Warriors. CARL DE SOUZA / AFP
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Aliya Bauer, une Sud-Africaine venue étudier au Kenya le comportement des babouins a introduit en 2007 ce sport auprès des Massaïs qui n’en avaient jamais entendu parler. Passionnée de ce sport, entraîneure diplômée et ancienne juge internationale de cricket, elle leur fournit les battes, les balles et tout l’équipement nécessaire. Après les enfants, très vite, les adultes s’approprient le jeu, car cela n’est pas si différent que de lancer une sagaie ou de frapper un animal sauvage avec un rungo (sorte de massue). CARL DE SOUZA / AFP
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Si ce sport manque d’adversaires pour jouer et d’argent pour mettre en place des infrastructures adéquates, les "moranes", les jeunes guerriers massaïs, n’hésitent pas à parcourir des dizaines de kilomètres pour se rendre aux entraînements. MIKE HUTCHINGS / REUTERS
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L’équipe des Maasai Cricket Warriors compte vingt-quatre joueurs tous issus des villages d’Il Polei et d’Endana. Alors qu’ils n’étaient jamais sortis du pays, ils se sont rendus deux fois à l’étranger pour participer aux compétitions internationales des Last Man Stands. En 2012, en Afrique du sud et, l’année suivante, au Royaume Uni, où ils ont atteint les demi-finales de ce "tournoi amical". CARL DE SOUZA / AFP
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Leur entraîneur n’était autre que Steve Tikolo, un des champions kenyan. Malgré sa désapprobation, les joueurs ont participé aux tournois vêtus de leurs costumes traditionnels : pagne rouge autour du corps, bijoux et coiffe de perles et de plumes. PHILIP BROWN / REUTERS
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Ces événements très couverts par les médias ont permis aux Massaïs de faire connaître leurs combats hors de leurs frontières. Car les joueurs ne sont pas de simples sportifs, leur priorité est de faire passer des messages forts et audibles auprès de leur communauté pour résoudre les nombreux problèmes auxquels elle est confrontée. PHILIP BROWN / REUTERS
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Ils luttent notamment contre l’excision des femmes. Au Kenya, comme dans d’autres pays africains, les exciseuses sont des femmes respectées. Elles ne sont pas toujours des professionnelles et ces opérations génitales peuvent être pratiqués soient avec des couteaux, des ciseaux ou des morceaux de verre. Si la pratique est interdite au Kenya, 49% de femmes en sont victimes pendant leur puberté. LEON NEAL / AFP PHOTO
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De plus, cette pratique expose les jeunes filles à des problèmes d'infection et contribue à la propagation du virus du sida. Un million et demi de personnes sont infectés par le VIH au Kenya. Les femmes sont les plus touchées, notamment à cause de la polygamie et des mariages précoces et forcés. 42% des filles sont mariées avant l'âge de 18 ans. AFP
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En partenariat avec l’Onusida et l'Unicef, les sportifs sont formés pour conseiller les hommes et les femmes en matière de VIH et inciter les populations au dépistage volontaire. De plus, l’invitation aux malades à la pratique du cricket leur permet de sortir de l’isolement et de lutter contre la discrimination dont ils sont souvent victimes dans leur communauté. THOMAS MUKOYA / REUTERS
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Certains membres de l'équipe se sont formés comme entraîneurs bénévoles et se rendent dans les écoles pour enseigner et mettre en place des programmes sportifs. 24 écoles primaires et près de cinq écoles secondaires s’y sont mis. Ils utilisent aussi ces moments pour sensibiliser les jeunes sur les dangers du sida. PHILIP BROWN / REUTERS
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Les Massaïs est l’une des ethnies les plus pauvres d’Afrique de l'Est. En tant que pasteurs, ils n’ont aucun accès à l’éducation. Il n’existe pratiquement aucun débouché professionnel pour les jeunes. Mais les sportifs qui ont une forte influence sur eux en profitent pour promouvoir l'éducation et détourner la jeunesse des pratiques à risques. La consommation d'alcool et de drogues est en augmentation chez les adolescents kenyans. CARL DE SOUZA / AFP
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L’autre grand problème du Kenya auquel les sportifs essayent de sensibiliser les jeunes est le danger qui menace la biodiversité en raison de la surexploitation des forêts et le braconnage. Les jeunes adeptes du cricket peuvent visiter le Pejeta Conservancy Ol, un parc national dans le comté de Laikipia qui travaille à la conservation de la faune et de la flore. THOMAS MUKOYA / REUTERS
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Les raids pour s’approprier du bétail et des terres sont de plus en plus violents suite à l’arrivée des armes à feu au sein des tribus. Rétablir la paix et le dialogue entre les communautés pastorales rivales est aussi un enjeu important pour les Maasai Cricket Warriors. THOMAS MUKOYA / REUTERS
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Peut-être qu’un jour l’un des joueurs pourra rejoindre l’équipe nationale du Kenya. Une douzaine d’entre eux ont pu suivre une formation dans la Pouponnière des Légendes du Cricket durant deux mois. Cette académie a été ouverte par d'anciens joueurs professionnels. Une consécration pour ces pasteurs nomades et une caisse de résonnance pour leurs combats. CARL DE SOUZA / AFP