Afrique subsaharienne : l'homosexualité encore largement criminalisée

En annulant l'interdiction de l'homosexualité, le Botswana rejoint les pays subsahariens qui ont légalisé les relations entre personnes de même sexe. 

Sur cette photo d\'archives prise le 22 février 2019, un militant LGBT assiste à une audience devant la Haute Cour de Milimani à Nairobi, au Kenya. 
Sur cette photo d'archives prise le 22 février 2019, un militant LGBT assiste à une audience devant la Haute Cour de Milimani à Nairobi, au Kenya.  (SIMON MAINA / AFP)

Ce jugement historique était très attendu sur l'ensemble du continent africain, où l'homosexualité reste illégale dans plus de la moitié des pays subsahariens. Les clauses du code pénal du Botswana relatives aux relations entre personnes du même sexe "sont annulées", a déclaré le juge Michael Leburu ce mardi 11 juin dans une salle d'audience comble de la Haute Cour à Gaborone. Le texte en vigueur depuis 1965 prévoyait des peines pouvant aller jusqu'à sept ans de prison.

Le temps est venu que la sexualité entre personnes du même sexe soit décriminaliséeMichael Leburu, juge

Ce jugement est "un signal revigorant pour la dignité humaine, la vie privée et l'égalité", a réagi Neela Ghoshal de l'organisation Human Rights Watch (HRW). "Le bon sens exprimé par la Haute Cour du #Botswana est tellement revigorant", a-t-elle ajouté sur son compte Twitter.

Prison et peine de mort

Plus de la moitié des pays d'Afrique subsaharienne (28 sur 49) disposent de législations interdisant ou réprimant l'homosexualité, parfois de la peine de mort. Ces dernières années cependant, l'Angola, le Mozambique et les Seychelles ont légalisé les relations entre personnes de même sexe, rejoignant le Gabon, la Côte d'Ivoire, le Mali, la République démocratique du Congo et le Lesotho.

L'Afrique du Sud fait figure de pionnière en la matière. Depuis la fin du régime de l'apartheid en 1994, elle dispose d'un des cadres juridiques les plus libéraux au monde. Sa Constitution interdit toute discrimination fondée sur l'orientation sexuelle et le mariage homosexuel a été légalisé en 2006, une première encore inédite en Afrique. Les actes de violence homophobe y sont pourtant fréquents.

A l'inverse, le Tchad, le Nigeria et le Burundi ont soit légiféré contre, soit durci leur législation.

Quelques exemples de législations criminalisant l'homosexualité 

Kenya : quiconque a une "relation charnelle (...) contre l'ordre naturel" peut être emprisonné jusqu'à 14 ans. Le code pénal prévoit aussi 5 ans de prison pour les "pratiques indécentes entre hommes". Les condamnations sont cependant rares. En mai, la justice a opté pour le statu quo, estimant qu'une décriminalisation de l'homosexualité ouvrirait la voie à des unions entre personnes du même sexe.

Malawi : la loi réprimant les relations entre personnes de même sexe et la sodomie a été suspendue en 2012 pour "réévaluation". La Cour constitutionnelle ne s'est toujours pas prononcée sur le sujet.

Mauritanie et Soudan : la peine de mort est prévue, conformément à la charia, en Mauritanie pour les hommes (les femmes pouvant être punies de trois mois à deux ans d'emprisonnement) et au Soudan.

Nigeria : la peine de mort est prévue dans le Nord à majorité musulmane, même si aucune exécution pour ce motif n'a récemment été signalée. Dans le reste du pays, une loi adoptée en 2014 prévoit des peines allant jusqu'à 14 ans de prison.

Ouganda : l'homosexualité est punie d'une peine pouvant aller jusqu'à sept ans de prison. La législation adoptée en décembre 2013, réprimant notamment la "promotion de l'homosexualité" et rendant obligatoire la dénonciation des homosexuels, qui avait déclenché un tollé international, a été annulée pour vice de forme par la Cour constitutionnelle en août 2014.

Somalie : les homosexuels sont mis à mort dans les territoires du Sud contrôlés par les islamistes radicaux shebabs, affiliés à al-Qaïda.

Tanzanie : le pays punit l'homosexualité d'une peine minimale de 30 ans pouvant aller jusqu'à la prison à perpétuité. Depuis l'élection du président John Magufuli en octobre 2015, une rhétorique officielle dénonçant l'homosexualité, aussi bien masculine que féminine, s'est développée.

Tchad : il a voté en mai 2017 une loi punissant les rapports sexuels entre personnes de même sexe de trois mois à deux ans de prison et d'une amende de 50 000 à 500 000 francs CFA (76 à 760 euros).

Zambie : les relations homosexuelles sont punies de 1 à 14 ans de prison.