Meurtre de Ghislaine Dupont et Claude Verlon : cinq ans après, "Plus on avance, plus il y a d'hypothèses"

Cinq ans jour pour jour après le meurtre au Mali de Ghislaine Dupont et de Claude Verlon, la fille de ce dernier évoque vendredi sur franceinfo le flou qui entoure, aujourd'hui encore, les circonstances de la mort du réalisateur et de la journaliste.

Les portraits de Claude Verlon et Ghislaine Dupont, à Paris le 3 novembre 2013.
Les portraits de Claude Verlon et Ghislaine Dupont, à Paris le 3 novembre 2013. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

Ghislaine Dupont, journaliste, et Claude Verlon, réalisateur, à Radio France Internationale, ont été enlevés et tués il y a cinq ans jour pour jour vendredi 2 novembre, à Kidal, dans le nord du Mali. Deux enquêtes sont ouvertes, une en France, une au Mali, mais "plus on avance, plus il y a d'hypothèses", a affirmé la fille de Claude Verlon, sur franceinfo vendredi.

franceinfo : Que savez-vous aujourd'hui de la mort de votre père, revendiquée par le groupe Aqmi ?

Apolline Verlon : Malheureusement, pas grand-chose. Plus on avance, plus il y a d'hypothèses. Là où on aimerait se concentrer sur une seule piste, se resserrer, approcher d'une réponse, tout est ouvert. Les auteurs ont été identifiés et pour la plupart très vite localisés. Certaines personnes du commando ont été tuées, mais il reste des membres encore en vie. On peut toujours espérer en capturer certains et avoir leur version des faits, savoir ce qui s'est passé.

En sait-on plus sur le mobile de cet assassinat ?

Pourquoi les a-t-on enlevés, dans quel but ? On venait de libérer les otages d'Arlit. Ça me paraît insensé de me dire qu'ils étaient à Kidal, dans le Nord-Mali, que c'est la Minusma qui les avait emmenés, que l'armée française était sur place. C'est d'ailleurs ce que j'ai immédiatement dit au président François Hollande : pour moi, ce n'était pas une mission dangereuse. J'étais beaucoup plus inquiète quand il partait en Afghanistan ou couvrir l'actualité dans des pays en guerre. Au Nord-Mali, on voyait tout le temps l'armée à la télévision. Je n'imaginais pas une seconde qu'il puisse lui arriver un truc pareil. On peut imaginer plein de choses. Peut-être qu'ils ont vu, entendu des choses. Je ne sais pas où ça bloque, si c'est en France, au Mali, au sein de l'armée ou des renseignements. J'ai besoin de rester persuadée que certaines personnes savent précisément ce qui s'est passé, mais aujourd'hui les langues sont liées. On nous dit qu'on a levé le secret-défense mais en fait la plupart des documents classés secret-défense qui ont été transmis aux juges sont noircis. On nous donne des éléments, mais une partie seulement est lisible.

Le juge d'instruction qui enquête en France sur ces deux assassinats s'est rendu au Mali il y a quelques mois et a pu échanger avec les autorités maliennes, c'est une avancée ?

On le demandait depuis très longtemps, on est très contents de son déplacement. J'en saurai certainement plus le 8 novembre prochain, car les parties civiles sont convoquées chez le juge, mais je crois malheureusement qu'il n'est pas rentré avec grand-chose. Ça, c'est plus décevant.