Guinée-Bissau : la junte ordonne la réouverture des frontières

Au lendemain d'un accord avec les opposants de l'ex-Premier ministre, les militaires au pouvoir tentent de sortir de leur isolement, sans contenter la communauté internationale. 

Des habitants de Bissau, la capitale, dans les rues de la ville, le 17 avril 2012. 
Des habitants de Bissau, la capitale, dans les rues de la ville, le 17 avril 2012.  (SEYLLOU / AFP)

La junte bissau-guinéenne a ordonné, jeudi 19 avril, la réouverture des frontières du pays, du port et de l'aéroport de la capitale. Ces accès avaient été fermés par la junte, trois jours après le coup d'Etat de vendredi qui a renversé le gouvernement de Carlos Gomes Junior. 

"Afin de garantir la circulation des personnes et des biens, l'état-major des Forces armées ordonne l'ouverture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, ainsi que de l'aéroport et du port du pays", a indiqué un communiqué publié par la junte. Est-ce un signe d'ouverture, au lendemain de la signature d'un accord avec les anciens partis d'opposition ? FTVi revient sur la situation dans ce pays.  

• Un accord conclu entre la junte et les partis

Un accord de transition a été conclu, mercredi, entre les militaires et les partis de l'ex-opposition. Rebaptisée "commandement militaire", la junte a publié un décret qui dissout les institutions publiques du pays et prévoit "une période de transition qui durera deux ans". Ce dernier précise qu'un conseil dirigé par des civils sera prochainement formé afin de piloter le processus de transition vers des élections présidentielle et législatives. Il entérine par ailleurs la création d'un Conseil national de transition (CNT).

L'accord  a été conclu entre la junte et les principaux opposants à Carlos Gomes Junior, grand favori de la présidentielle initialement prévue le 29 avril. Pour Vincent Foucher, analyste à l'International Crisis Group, interrogé par Le Nouvel Obs, "l'armée ne cherche pas à prendre le pouvoir, mais seulement à défendre ses intérêts et ce qu'elle estime être ceux du pays". 

Ecarté des négociations sur la transition, l’ancien parti au pouvoir, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), a refusé par avance un accord "anticonstitutionnel et antidémocratique" et a réclamé une force de l’ONU pour "protéger la jeune démocratie".

•  La communauté internationale demande le rétablissement de l'ordre

L'accord en question n'est pas franchement à la hauteur des attentes de la communauté internationale, laquelle a unanimement condamné le coup d'Etat du 12 avril. Jeudi, l'Union Africaine, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), ainsi que la France, ont rejeté cet accord qui "n'apporte rien", tandis que le Conseil de Sécurité des Nations unies s'est réuni pour discuter de la situation et de l'éventuel envoi d'une force d'interposition sous l'égide des Nations Unis, relate RFI. 

La veille, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) a également annoncé qu'elles suspendaient leur aide au développement pour la Guinée-Bissau. L'Union africaine a, quant à elle, suspendu la Guinée-Bissau de ses instances dès mardi, exigeant que l'ordre constitutionnel soit rétabli et que les dirigeants incarcérés soient libérés. 

 • Les anciens dirigeants "en bonne santé"

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a rendu visite à deux reprises, les 14 et 18 avril, à l'ancien Premier ministre Carlos Gomes Junior, emprisonné depuis une semaine. Denes Benczedi, porte-parole du CICR joint à Dakar, a précisé jeudi que son organisation avait pu fournir des médicaments à l'ancien chef du gouvernement, qui est diabétique. "Nous suivons de près son état de santé", a-t-il dit.  Des sources militaire et diplomatique avaient indiqué la semaine dernière qu'il était détenu à la base militaire de San Vicente, près de Bissau.

• La population sceptique

Echaudés par une longue tradition de troubles politico-militaires, les Bissau-Guinéens sont également peu convaincu par cet accord. "Je suis sceptique. Je n'ai pas d'espoir pour le retour de la paix", dit Alfonso Djassi, chauffeur à Bissau. "Deux ans, c'est trop. Ils auraient pu fixer la période de transition à neuf mois", a-t-il ajouté, reconnaissant que "la situation est très compliquée".

Les administrations et services publics sont fermés depuis le début de la semaine à Bissau, en raison d'un appel à la grève lancé par le principal syndicat du pays, l'Union nationale des travailleurs de Guinée-Bissau (UNTG), qui proteste contre le putsch. Selon un communiqué officiel, "le commandement militaire a ordonné la réouverture des banques et services de transfert d'argent", se disant "prêt à assurer leur sécurité" 24 heures sur 24.