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Guerre en RD Congo : quels scénarios ?

Les rebelles congolais, qui ont mis la main sur la grande ville de l'Est vont-ils prendre la capitale, être défaits par les troupes congolaises ou se mettre à négocier ?

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France Télévisions
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Un rebelle du M23 dans le stade de Goma, en RD Congo, le 21 novembre 2012. (PHIL MOORE / AFP)

Dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) se joue une guerre de brousse. Loin des regards, les succès et les revers sont difficiles à vérifier. Mais une chose est sûre, des dizaines de milliers de personnes fuient à nouveau des violences. Au centre des troubles, un groupe baptisé le M23. Un temps intégrés à l'armée régulière, ces rebelles sont à nouveau entrés en dissidence avec le soutien du Rwanda voisin. Ils réclament, officiellement, l'application d'un accord qui prévoit leur intégration dans les forces congolaises avec promotions et bons salaires. Vont-ils obtenir gain de cause ? L'armée congolaise peut-elle les écraser ? A moins que les rebelles ne parviennent à renverser le président congolais ? Francetv info explore plusieurs scénarios.

Les troupes congolaises reprennent Goma par la force

Prise, reprise, re-reprise. Après avoir mis la main sur la principale ville de l'est de la République démocratique du Congo, Goma, le M23 et ses 2 000 à 3 000 hommes ont continué leur route vers la localité de Saké, plus à l'ouest. Mais, surprise, jeudi 22 novembre, l'armée congolaise, les FARDC, a annoncé avoir repris la ville lors d'une contre-offensive. Las, vendredi, il semble que le M23 se soit à nouveau défait de l'armée régulière. Le M23 aurait repris sa marche vers le sud, en direction de l'autre ville stratégique de la région, Bukavu. L'armée congolaise qui dispose de plusieurs bataillons dans la région est-elle en mesure de mener une contre-offensive ?

Probabilité ? Très faible. "Il est difficile de penser que l'armée puisse se défaire du M23 militairement", explique Saïd Abass Ahamed qui enseigne la négociation et la géopolitique à l'école Rouen Business School. L'armée congolaise est "délabrée", explique-t-il. Humiliée, mal ravitaillée, pas payée, démoralisée, elle a toujours peiné à tenir un front. De plus, elle ne dispose pas d'un équipement comparable à son adversaire, qui a du matériel sophistiqué, par exemple de vision nocturne.



Le M23 parvient à renverser le régime

Dans l'euphorie de la prise de Goma, le porte-parole du M23 a tonné, mercredi 21 novembre, dans le stade de la ville : "Nous n'allons pas nous arrêter à Goma, nous irons jusqu'à Bukavu, Kisangani et Kinshasa", la capitale de la RD Congo. 

La menace trouve un écho particulier en RDC. Le dictateur Mobutu Sese Seko a été chassé du pouvoir en 1997 par une rébellion venue de l'est du pays. Elle avait traversé le Zaïre jusqu'à Kinshasa, à 2 000 kilomètres de distance. A sa tête, Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, père de l'actuel président de la RDC, Joseph Kabila. La rébellion bénéficiait alors du soutien du Rwanda de Paul Kagame et de l'Ouganda de Yoweri Museveni. Les deux chefs d'Etat, toujours aux manettes, sont aujourd'hui accusés par l'ONU de soutenir le M23.

Probabilité ? Assez faible. D'abord, "ce n'est pas avec 3 000 hommes qu'ils vont occuper un pays de la taille de l'Europe", juge Saïd Abass Ahamed. Il précise : "Sauf si le Rwanda s'y met." En clair, si ses troupes franchissent la frontière.

Mais la situation n'est plus la même. "Il y a des échanges directs" entre les chefs d'Etat de la RDC, du Rwanda et de l'Ouganda, note le chercheur. Après la prise de Goma, le président congolais, Joseph Kabila, s'est précipité en Ouganda pour rencontrer son homologue. Il y a aussi vu le président rwandais. Joseph Kabila a des arguments face aux deux autres chefs d'Etat. Il bénéficie du soutien de l'Angola, qui dispose d'une aviation. Si le Rwanda pénétrait en RDC, le conflit se "régionaliserait", impliquant de nombreux pays. Un gros risque à prendre. Déjà, à l'issue de leur mini-sommet, les trois chefs d'Etat ont appelé le M23 à "cesser immédiatement son offensive et à se retirer de Goma".

Reste l'hypothèse d'une déstabilisation venue de l'intérieur. A Bukavu, des manifestants ont violemment reproché à Joseph Kabila de les avoir "abandonnés". Si Kinshasa et ses 8,4 millions d'habitants se soulevaient, le régime tomberait. Mais cela ne semble pas encore à l'ordre du jour. Toutefois, la journaliste Colette Braeckman souligne que, si les rebelles poussent jusqu'à Bukavu, "on pourrait assister à une tentative de changement de régime à Kinshasa, le chef de l'Etat ayant déjà échappé à plusieurs tentatives d’assassinat".

Le M23 s'installe à Goma 

Troisième scénario : un "pourrissement" de la situation, comme l'envisage le journaliste Christophe Rigaud. En clair, le M23 s'enfermerait dans Goma "qu'il administre pour continuer d'avoir la main sur cette région riche en ressources minières. Le Nord-Kivu (est de la RD Congo) deviendrait alors une simple annexe du Rwanda voisin".

Probabilité ? Moyenne. Cela ferait bien l'affaire du Rwanda dont la croissance économique est soutenue par l'exportation de minerais congolais (coltan, cassitérite, terres niobium, or) qui transitent par ses aéroports, sans compter qu'un important gisement de pétrole à cheval sur trois pays (Ouganda, Rwanda, Congo) vient d'être découvert.

Mais la France fait pression sur l'ONU pour que le mandat de la force internationale, la Monusco (Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RD Congo - 17 000 soldats), soit modifié. Elle souhaite que les casques bleus, accusés de n'avoir pas défendu Goma, puissent être plus offensifs. Jusque-là, le Rwanda bénéficiait de soutiens américains et britanniques. Mais ils se fissurent. Le Royaume-Uni a appelé le Rwanda à faire pression sur les rebelles pour qu'ils se retirent. Washington a condamné "tout soutien étranger au M23". Reste que pour les rebelles, un retrait pur et simple serait dur à avaler.

Des centaines de Congolais fuient la ville de Sake, dans l'est de la RD Congo, le 22 novembre 2012. (PHIL MOORE / AFP)

Le M23 négocie un accord avec Kinshasa

C'est la dernière option. Avant la prise de Goma, le chercheur du think tank International Crisis Group Thierry Vircoulon jugeait que les rebelles "souhaitent forcer le gouvernement congolais à des négociations, des négociations directes avec le président Kabila".

Probabilité ? Forte. "Les rebelles ne pourront pas indéfiniment occuper cette ville", pointe Saïd Abass Ahamed. Or, le chef du M23 s'est dit "disponible" pour discuter avec le président congolais. "C'est une histoire cyclique", relève le chercheur. Finalement, un nouvel accord devrait être négocié avec les autorités congolaises. Comme le précédent, il visera à intégrer les rebelles à l'armée congolaise, avec certains avantages.

Mais, en sous-main, il s'agira surtout pour le M23 de s'assurer qu'au sein de l'armée, ses membres ne seront pas éparpillés dans le pays pour affaiblir le mouvement. Il gardera ainsi la main sur l'exploitation des minerais dans la région. Les rebelles s'assureront aussi que leurs chefs ne puissent pas être livrés à la Cour pénale internationale. Après la signature du premier accord, la RD Congo avait fermé les yeux dans un premier temps. Et lorsque les autorités congolaises avaient changé d'avis et menacé de les livrer, l'est du Congo avait soudain vu renaître comme par enchantement la rébellion.

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