Coup d'État avorté au Gabon : "C'est surtout un 'putsch témoignage', plutôt qu'un vrai putsch à l'ancienne"

Selon le spécialiste Antoine Glaser, les auteurs de la tentative de coup d'État à Libreville étaient des jeunes sous-officiers très peu nombreux.

Des soldats gabonais se tiennent devant la radio-télévision gabonaise à Libreville le 7 janvier 2019. 
Des soldats gabonais se tiennent devant la radio-télévision gabonaise à Libreville le 7 janvier 2019.  (STEVE JORDAN / AFP)

La tentative de coup d'État menée par une poignée de soldats au Gabon, et qui a échoué, est "surtout un 'putsch témoignage' d'un mécontentement de la société civile, plutôt qu'un vrai putsch à l'ancienne, malgré les uniformes", a expliqué lundi 7 janvier sur franceinfo le journaliste Antoine Glaser, spécialiste de l'Afrique.

franceinfo : Est-ce que ce coup d'État est surprenant en ce début 2019 ?

Antoine Glaser : Oui, cela a un petit côté rétro de voir des jeunes sous-officiers arriver à la radio dans un pays africain. Cela rappelle plus les années 1980 que 2019. À part cela, les déclarations sont aussi extrêmement différentes. Ce n'est pas un comité militaire comme dans les années 1980. Là, c'est surtout un 'putsch témoignage' d'un mécontentement de la société civile, plutôt qu'un vrai putsch à l'ancienne, malgré les uniformes. Ce sont des jeunes sous-officiers très peu nombreux. Ils ont tout de suite fait des références aux élections d'août 2016 qui avaient été contestées et qui ont vu la réélection d'Ali Bongo.

Est-ce que l'apparition à la télévision d'Ali Bongo, après plus de deux mois d'absence, a eu l'effet contraire à celui recherché, à savoir faire acte de présence ?

Absolument. Il est apparu affaibli, assez statique. L'absence d'Ali Bongo et surtout les dissensions au sein même de la présidence a dû inciter ces jeunes militaires, poussés par la société civile qui conteste la reconduction d'Ali Bongo en 2016. Ce sont des gens proches de l'ancien candidat Jean Ping. C'est surtout au niveau du pouvoir où il y a un vrai problème. On a vu comment la présidence de la Cour constitutionnelle a demandé à ce que cela soit le vice-président qui assure le conseil des ministres en l'absence d'Ali Bongo. Et comme par hasard, le jeune lieutenant a demandé que ce soit la présidence du Sénat qui aille à l'Assemblée nationale. On voit bien qu'il y a des dissensions au sein du pouvoir. L'absence d'Ali Bongo a joué un rôle primordial. Ils ont dû penser que c'était le moment.

Est-ce que cela traduit une forme d'usure du côté de la famille Bongo et d'exaspération du côté de la population ?

Absolument. On a bien vu que la revendication des jeunes militaires était la contestation de l'élection de 2016. Dans une période économique difficile avec un prix du pétrole très bas, une dette abyssale, un certain nombre de problèmes sociaux et économiques et des dissensions au niveau du pouvoir, il y a une fragilisation extrêmement importante du pouvoir à Libreville.