Ali Bongo, après une décennie au pouvoir et un AVC, assure qu'il ira "au bout" de sa "mission"

Dans le premier entretien accordé depuis son accident vasculaire cérébral en 2018, le président gabonais dit se sentir de "mieux en mieux chaque jour". 

Le président gabonais le 16 août 2019 à Libreville, la capitale gabonaise. 
Le président gabonais le 16 août 2019 à Libreville, la capitale gabonaise.  (STEVE JORDAN / AFP)

Le président Ali Bongo Ondimba, visiblement affaibli après son accident vasculaire cérébral (AVC), se veut rassurant quant à ses capacités à diriger le Gabon, dans un entretien publié 16 octobre 2019 par le quotidien pro-gouvernemental gabonais L'Union, près d'un an après avoir été affecté par la maladie qui l'a longtemps tenu en retrait du pouvoir. Pour les dix ans de son investiture à la tête du pays, le 16 octobre 2009, il a promis d'accélérer le rythme des réformes et la lutte contre la corruption dans un pays à l'économie en berne, se disant "déterminé" à aller au bout de sa "mission"

"Je me sens bien. Et de mieux en mieux chaque jour", assure-t-il en préambule de l'entretien. Ali Bongo a été victime le 24 octobre 2018 d'un AVC en Arabie Saoudite. Il a passé plusieurs mois en convalescence à Rabat, au Maroc.

"J'irai jusqu'au bout de ma mission"

Il est rentré définitivement au pays début mars 2019, mais ses très rares apparitions publiques alimentent les rumeurs sur sa capacité à gouverner. D'autant que sa démarche hésitante témoigne des séquelles de la maladie. Le 5 octobre 2019, il a fait une apparition remarquée lors d'un meeting de son parti à Libreville, la capitale gabonaise, manifestement en meilleure forme, concluant un discours improvisé par cette promesse : "Je suis là et je serai toujours là."

"J'irai jusqu'au bout de ma mission", a affirmé de nouveau Ali Bongo dans L'Union. Il a été réélu en 2016 pour sept ans au terme d'un scrutin contesté par l'opposition. L'annonce de la victoire du président Bongo, devant son adversaire Jean Ping, avait suscité le 31 août 2016 des violences rares dans le pays. Elle sera néanmoins validée par la Cour constitutionnelle le 24 septembre. En 2017, Ali Bongo lancera un "dialogue politique" pour apaiser les tensions, lequel sera boycotté par Jean Ping.

Pendant sa convalescence, le régime sera encore bousculé. Le 7 janvier 2019, une poignée de militaires tentent un putsch, prenant possession de la radio nationale et appelant sans succès la population à se soulever. Le commando est finalement arrêté. 

Ces dernières semaines, plusieurs remaniements gouvernementaux et changements à la tête des administrations ont secoué la vie politique locale. Il ne faut pas "hésiter parfois à remettre en cause les codes d'une ancienne politique", lâche le président. "Des erreurs ont été commises par le passé, elles ne sauraient être renouvelées à l'avenir", promet-il avant d'ajouter : "Avec le temps, mon niveau d'exigence à l'égard des membres du gouvernement a augmenté, alors que mon degré de patience, lui, a diminué."

Un régime chahuté et une économie mal en point

Ali Bongo est aujourd'hui à la tête d'un pays qui traverse une profonde crise économique du fait de la chute des cours du pétrole depuis 2014. L'opposition, mais aussi des économistes, estiment que le Gabon n'a pas su profiter de la manne pétrolière pour diversifier sa production.

Le dirigeant gabonais assure pourtant qu'il a "engagé ce mouvement de diversification" de l'économie "dès 2010", et qu'il "commence à porter ses fruits". "Jamais autant qu'aujourd'hui l'accent a été mis sur la lutte contre la corruption (...) je suis farouchement déterminé à ce que ce combat continue", assure le chef de l'Etat.

L’économie gabonaise devrait connaître une croissance de 3,4% en 2019, contre 0,8% l’an dernier, grâce aux solides performances des secteurs du pétrole, des mines et du bois, a annoncé le 11 octobre 2019 le Fonds monétaire international. "La croissance, c'est bien. Mais la croissance, ça ne se mange pas", observe le chef de l'Etat.

Le Gabon est toujours classé parmi les pays les plus riches d'Afrique par habitant, mais aussi parmi ceux où la vie est la plus chère car presque toutes les marchandises sont importées. Il manque cruellement de routes, d'hôpitaux bien équipés, d'écoles et de logements pour les plus démunis. La corruption y est élevée, selon Transparency international qui le classe au 124e rang sur 180, dans son Baromètre mondial de la corruption en 2019.