La tension monte entre l’Ethiopie et le Soudan qui se disputent la zone frontalière d'el-Fashaga

La frontière entre les deux pays, créée en 1902 par un accord passé entre l'Ethiopie et l'administration coloniale britannique, ne contenait pas de ligne de démarcation précise.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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L'armée soudanaise a repris le contrôle de la zone frontalière d'el-Fashaga avec l'Ethiopie, comme en témoigne la présence du sous-chef d'état-major de l'armée soudanaise, le lieutenant-général Khaled Abdin al-Shami (2e G). Al-Qadarif, le 29 décembre 2020.  (Mahmoud Hjaj / AGENCE ANADOLU / Agence Anadolu via AF)

Le conflit territorial entre le Soudan et l'Ethiopie dans le triangle d’el-Fashaga s'envenime et menace de dégénérer en conflit armé. Les deux pays se disputent 250 km² de terres fertiles dans une région où la frontière n’a jamais eu de démarcation précise. Les accrochages ont déjà fait plusieurs dizaines de morts et de blessés ces dernières semaines parmi les civils qui cultivent ces terres agricoles.

Des violences 

Le 15 décembre dernier, la tension est montée d’un cran lorsqu'une patrouille de soldats soudanais est tombée dans une embuscade imputée à des "forces et milices" éthiopiennes, faisant quatre morts, dont un officier, et une vingtaine de blessés. L’armée soudanaise a immédiatement promis des représailles. Le 28 décembre, l’état-major soudanais a affirmé avoir repris le contrôle sur la quasi-totalité de cette zone face à des miliciens affiliés aux forces fédérales éthiopiennes. 

Mais le 13 janvier 2021, Khartoum annonçait qu'un avion militaire éthiopien avait franchi ses frontières, évoquant "une escalade dangereuse" dans le litige frontalier entre les deux pays.

L'Ethiopie a pour sa part assuré que l'armée soudanaise avait "organisé des attaques à l'artillerie lourde" et que "de nombreux civils ont été tués et blessés".

Un risque de dérapage

"Nos forces sont en alerte permanente, prêtes à défendre notre souveraineté", a averti le 14 janvier Dina Mufti, porte-parole du ministère des Affaires étrangères éthiopien. "La paix et le respect des normes internationales sont toujours la priorité de l'Ethiopie. Néanmoins, l'Ethiopie a ses limites" a-t-il menacé.

"Si le Soudan ne met pas un terme à son offensive sur nos territoires, l’Ethiopie sera forcée de contre-attaquer"

Dina Mufti, porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères

à l'AFP

L’Ethiopie accuse l'armée soudanaise de vouloir profiter du conflit actuellement en cours au Tigré, au nord de l'Ethiopie, pour étendre sa souveraineté sur la région d'el-Fashaga. 

L'opération militaire au Tigré, lancée début novembre par Addis Abeba pour déloger les autorités locales séparatistes du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a poussé des dizaines de milliers d'Ethiopiens à fuir au Soudan.

Impasse sur le barrage de la renaissance

Cette dispute territoriale autour du triangle d'el-Fashaga sape les relations diplomatiques entre le Soudan et l'Ethiopie, au moment même où ils tentent de trouver un accord avec l'Egypte au sujet du Grand barrage éthiopien de la Renaissance (Gerd), qu'Addis Abeba construit sur le Nil bleu. Des négociations plus que jamais dans l’impasse, alors que l’Union africaine vient d'annoncer l’échec des derniers pourparlers.

Le Soudan a annoncé le 10 janvier ne pas pouvoir poursuivre des "négociations illimitées" avec l'Egypte et l'Ethiopie au sujet du barrage controversé construit sur le Nil bleu. Un barrage qui, selon Khartoum, menace l’alimentation en eau et en électricité du Soudan. Le pays, qui a connu des inondations meurtrières l'été dernier, espère que le barrage permettra d'aider à réguler le flux du fleuve, mais a aussi mis en garde sur le fait que des millions de vies couraient "un grand risque", si aucun accord n'était conclu.

Plusieurs raisons donc qui pourraient faire déraper les relations entre les deux géants de l'Afrique de l'Est.

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