COP24: "Ce qui a été fait à Katowice est extraordinaire", se félicite Seyni Nafo, le négociateur en chef du groupe Afrique

L'analyse du porte-parole des négociateurs africains contraste avec le sentiment de déception qui domine depuis la fin de la COP24, le 15 décembre 2018 à Katowice, en Pologne. Le négociateur malien Seyni Nafo considère que la conférence a été une réussite, eu égard à sa feuille de route : formuler les règles d'application de l'accord de Paris. 

Le porte-parole du groupe Afrique, Seyni Nafo, le 10 décembre 2018 lors de la COP24 à Katowice, en Pologne. 
Le porte-parole du groupe Afrique, Seyni Nafo, le 10 décembre 2018 lors de la COP24 à Katowice, en Pologne.  (JAMES DOWSON/CCNUCC)
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Franceinfo Afrique: Le groupe Afrique est-il satisfait de l’accord obtenu à l’issue de la COP24 ?

Seyni Nafo : Nous sommes plutôt satisfaits. L’objectif est atteint. Nous devions adopter les règles nécessaires à l’application de l’accord de Paris. C’est ce que nous avons fait avec un focus particulier sur les dispositions relatives au financement climat. 

A court terme, nous avons ainsi assuré la reconstitution du Fonds vert pour le climat pour l’année prochaine. Une réunion se tiendra un mois après le sommet sur le climat qui sera organisé par l’ONU en septembre 2019. C’est la première bonne nouvelle parce que les priorités des pays en développement seront prises en compte et les urgences sont nombreuses.

Quel est l’objectif financier que vous souhaitez atteindre pour le Fonds vert ?

Nous espérons obtenir 15 milliards de dollars, soit 50% de plus que l’enveloppe de 10 milliards de 2014. Une somme réduite de deux milliards parce que les Etats-Unis n’ont versé qu’un milliard sur les trois promis. Pour l’année prochaine, l’Allemagne s’est déjà engagée à verser 1,5 milliard, le double de sa contribution en 2014. 

Quels sont les autres points de satisfaction de l’accord obtenu à Katowice ?

La deuxième bonne nouvelle concerne l’évaluation des besoins pour les différentes régions du monde en matière d’adaptation et d’atténuation des effets du changement climatique. Une information capitale pour déterminer, entre autres, le financement climat, c’est-à-dire par exemple le niveau de ressources à mobiliser au niveau du Fonds vert. Ce processus d’évaluation, qui sera conduit par un groupe d’experts des Nations unies, est prévu depuis 1992 (date de l’adoption de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, CCNUCC). La première évaluation commencera l’année prochaine et s’achèvera en 2020. Tous les quatre ans, nous aurons une nouvelle évaluation des besoins.

L’autre bonne nouvelle concerne la transparence. Il y a aujourd’hui beaucoup de polémique sur la mobilisation effective des 100 milliards de dollars promis par les nations industrialisées aux pays en développement pour faire face au réchauffement climatique. L’une des raisons de ce débat tient au fait que nous n’avions pas de règles communes de comptabilité pour la finance climat. Nous avons maintenant un dispositif robuste et crédible pour suivre les engagements financiers, de leur annonce jusqu’à leur mise en œuvre.

Désormais, quand un pays prend un engagement, il doit a priori fournir un certain nombre d’informations : la part respective des dons et des prêts, les régions où ces financements seront déployés, les secteurs concernés… A posteriori, quand le financement sera mis en œuvre, un suivi est également prévu. Si nous avions mis ces règles en place avant que l’engagement de 100 milliards ne soit pris, toutes les polémiques actuelles auraient été évitées.  

Vous estimez que l’accord issu de la COP24 est satisfaisant mais les ONG considèrent qu'il a manqué d’ambition…

Il faut éviter de faire un mauvais procès à la COP24. Son mandat, selon les instructions de la COP21, était d’assurer l’adoption des règles d’application de l’accord de Paris. En 2015, la relève du niveau d’ambition par le biais d’une révision des contributions nationales a été confiée à la COP26 en 2020.

Ce qui a été fait à Katowice est extraordinaire. Nous n’avons pas eu d’accord au G7, celui obtenu au G20 était bancal. Mais en Pologne, en dépit d’un contexte géopolitique tendu – retrait des Américains et des Brésiliens – nous y sommes parvenus. Ce que nous avons réalisé, tous ensemble, relève presque du miracle ! C’est d’ailleurs pour cela que le président de la COP24, Michal Kurtyka, a demandé à tous les chefs de délégation de monter sur le podium dans un geste ultime de modestie et d’humilité. C’est du jamais vu, une première depuis une vingtaine d’années.

Tout le monde y a mis du sien, y compris la délégation américaine qui a été responsable, professionnelle et courageuse. Car tous ceux qui participent à ces différentes COP connaissent les impacts du réchauffement climatique et savent combien les enjeux sont sérieux. Les Polonais ont fait une excellente COP. Le vice-ministre polonais de l’Environnement a réussi contre son gouvernement. Nous avons tous fait une excellente COP. Cette COP24 doit être célébrée comme une victoire du multilatéralisme et de la diplomatie du climat. Nous venons d’envoyer un signal clair, y compris au secteur privé international. Ce week-end, "We made climate great again !"


Mais à quoi cela sert-il d’avoir des règles d’application d’un accord dont la trajectoire contient le réchauffement à 3°, au lieu de la limite de 1,5° de nouveau préconisée par le dernier rapport du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec)?

Ne mélangeons pas l'ambition et la nécessité d'avoir des règles crédibles, robustes et qui s'appliquent à tous. Quelle que soit la trajectoire d'émission, nous avons besoin d'avoir des règles qui reflètent la réalité. Chaque COP a ses termes de référence et des objectifs précis parce que tout est important. Encore une fois, l'ambition n'était pas à l'ordre du jour à Katowice.  

Avant les contributions nationales fournies en 2015, nous étions sur une trajectoire de 4,5 – 5 degrés. Nous sommes aujourd’hui sur une trajectoire de 3,5 degrés. Si nous passions sur une trajectoire de 2,5 degrés lors de la révision de l’ambition en 2020 et si, ensuite, entre 2020-2025 et 2025-2030, nous la modifions encore, nous avons des chances d’atteindre nos objectifs, y compris les plus ambitieux. Par ailleurs, je souligne que le fait d’établir des règles fait partie intégrante de l’ambition parce que nous la rendons plus que jamais mesurable.