Afrique : les forêts tropicales risquent d'émettre bientôt plus de CO2 qu'elles n'en capturent

Une équipe d'une douzaine de chercheurs, en Europe et en Afrique, a suivi la croissance des arbres et leur mortalité sur cinquante ans dans des forêts d'Afrique.

Dans la forêt de Mbandaka en République démocratique du Congo, le 2 avril 2019.
Dans la forêt de Mbandaka en République démocratique du Congo, le 2 avril 2019. (THOMAS NICOLON / REUTERS)

Afrique et Amazonie, même combat : la capacité des forêts tropicales à absorber les gaz à effet de serre est en nette diminution. Actuellement, ces forêts représentent 50% des capacités mondiales de séquestration de carbone, mais elles atteignent rapidement la saturation. Début mars 2020, des chercheurs ont même averti que bientôt (dans 15 ans environ pour la forêt amazonienne), les forêts tropicales produiraient plus de carbone qu'elles n'en captent.

Les arbres diminuent la quantité de CO2 dans l'atmosphère, quand la quantité de carbone qu'ils absorbent à travers la photosynthèse dépasse le CO2 émis à leur mort, dans un incendie, après une sécheresse ou à cause de la déforestation. Cette capacité de captation chute plus vite en Amazonie que dans les forêts d'Afrique subsaharienne.

Une diminution de la capacité d'absorption avec dix ans d'avance

Une équipe d'une douzaine de chercheurs, en Europe et en Afrique, a suivi la croissance des arbres et leur mortalité sur une période de cinquante ans dans des forêts africaines. Ils ont ensuite comparé ces données à des informations similaires sur la forêt amazonienne.

Conclusion, si certaines forêts ont grandi plus vite, dopées par le dioxyde de carbone dans l'atmosphère, ces maigres gains sont effacés par les arbres tués par les feux, les sécheresses et les pics de température. En extrapolant ces données sur les 20 prochaines années, leur étude, publiée dans le journal scientifique Nature, estime que la capacité des forêts africaines à absorber le carbone va décliner de 14% d'ici à 2030, et que celle de l'Amazonie va atteindre zéro avant 2035.

"Cette baisse est en avance de dizaines d'années sur les prédictions les plus pessimistes", souligne Wannes Hubau, un expert des écosystèmes forestiers au Musée royal de l'Afrique centrale, à Bruxelles. "La mortalité est une étape naturelle du cycle de la vie des arbres de forêt. Mais en injectant autant de CO2 dans l'air, nous avons accéléré ce cycle", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Revoir nos modèles climatiques"

Plusieurs des scénarios envisagés par les accords de Paris sur le climat en 2015 partent du principe que les forêts vont continuer d'absorber le CO2 sur le long terme. Plusieurs pays ont aussi annoncé des projets pour planter plus d'arbres, tout comme de grands groupes industriels qui comptent ainsi compenser leurs émissions. Cependant, affirme M. Hubau, "nous allons devoir revoir nos modèles climatiques, mais également les stratégies de compensation que nous avions basées sur ces modèles".

Les conclusions de l'étude devraient pousser à revoir à la baisse la quantité de carbone que l'humanité peut produire sans dépasser l'objectif d'une hausse de la température mondiale moyenne de 2 degrés, fixée par les accords de Paris, selon Anha Rammig, de l'Université technique de l'Ecole des Sciences de la vie, à Munich, en Allemagne. "En même temps qu'une protection accrue de la forêt tropicale, une réduction encore plus rapide que prévu des émissions humaines de gaz à effet de serre sera nécessaire pour éviter un changement climatique catastrophique", a-t-elle écrit de manière catégorique dans une présentation de la recherche.