Quatre jeunes Egyptiens poursuivis pour "outrage au christianisme"

Les jeunes, âgés de 19 à 24 ans, avaient diffusé sur internet une vidéo dans laquelle ils se moquaient des rites chrétiens coptes. Le parquet a décidé de les poursuivre en vertu de l'article 98 du code pénal qui condamne le dénigrement de la religion.

Vue du monastère copte de Saint-Pshoi à Wadi al Natrun, à l\'ouest du Caire.
Vue du monastère copte de Saint-Pshoi à Wadi al Natrun, à l'ouest du Caire. (ORTEO LUIS / HEMIS.FR)

Les quatre étudiants avaient diffusé sur internet une vidéo dans laquelle ils se moquaient des rites chrétiens coptes, en particulier des chants de prière. Ils avaient rapidement retiré la vidéo et présenté leurs excuses, mais le parquet de Zagazig, au nord du Caire, a tout de même demandé leur arrestation. Ils risquent désormais jusqu’à quatre ans de prison. Ce genre de poursuite est suffisamment rare pour être signalé. 

La population copte est régulièrement la cible d’attaques, notamment des attentats sanglants. Le plus récent remonte au 2 novembre 2018, quand un bus, avec à son  bord des coptes se rendant dans un monastère, avait été mitraillé. Sept pèlerins avaient alors perdu la vie et sept autres avaient été blessés.

Eglises fermées

Mais la communauté copte, qui représente 10 % de la population égyptienne, elle très largement musulmane, se plaint aussi de discriminations constantes et d’inégalités sociales. Régulièrement, les églises sont fermées suite aux manifestations de musulmans.

Aussi, le geste du parquet de Zagazig mérite d’être souligné. Il s’inscrit dans la droite ligne de la politique du président al-Sissi qui multiplie les gestes symboliques à l'égard des chrétiens. Le président égyptien a même assisté au Noël copte.

En mars 2016, la condamnation à cinq ans de prison de trois adolescents
chrétiens pour "outrage à l’islam" avait provoqué une vague d’indignation. En fait, dans une vidéo maladroite, ils s’en prenaient à Daech, en parodiant une décapitation. Quoi qu’il en soit, les accusations et les procès concernent plus souvent des outrages à  la religion musulmane qu'à la foi chrétienne. Des outrages qui viennent en général d'intellectuels libéraux musulmans.

Jusqu'à cinq ans de prison

Selon le portail catholique suisse Cath.ch, l’article 98 du code pénal égyptien a souvent été employé par les autorités. “Toute personne qui dénigre l’une des religions monothéistes (islam, christianisme et judaïsme) ou l’unité nationale, encourt entre 6 mois et 5 années de prison”. Selon un rapport de l’Initiative égyptienne pour les droits civiques, les tribunaux ont condamné 81 citoyens pour insulte à la religion entre 2011 et 2015. Les accusés sont membres de toutes les religions ou athées, poursuit le rapport.

Journal chrétien rapporte quant à lui la mésaventure d'un enseignant chrétien  poursuivi, lui aussi, pour outrage à la religion. Pour étudier la religion, il avait distribué un questionnaire à choix multiples peu apprécié de parents et d'étudiants. Ses jeux de mots notamment avaient été interprétés comme autant d'insultes à l'islam.