Hosni Moubarak, président autocrate devenu prisonnier

Retour sur le parcours de celui qui a dirigé l'Egypte sans partage pendant trois décennies.

Hosni Moubarak lors d\'une visite officielle à Moscou (Russie), le 24 mars 2008.
Hosni Moubarak lors d'une visite officielle à Moscou (Russie), le 24 mars 2008. (DIMA KOROTAYEV / AFP)

Après sa condamnation à la prison à vie pour la mort de manifestants, le 2 juin, l'ancien raïs avait accumulé les soucis de santé. Hosni Moubarak, 84 ans, est tombé dans le coma et a été placé sous appareil respiratoire mardi 19 juin, après une attaque cérébrale. Retour sur le parcours de celui qui a dirigé l'Egypte sans partage pendant trois décennies, avant d'être renversé sous la pression d'un soulèvement populaire début 2011.

Un dirigeant à poigne aimé de l'Occident

Né le 4 mai 1928 dans une famille de la petite bourgeoisie rurale du delta du Nil, Mohammed Hosni Moubarak fait ses preuves dans l'armée, jusqu'à devenir commandant en chef des forces aériennes, puis vice-président en avril 1975. Il arrive à la tête du pays en 1981, à la faveur de l'assassinat du président Anouar el-Sadate par des islamistes. Personne à l'époque ne prédit beaucoup d'avenir à ce militaire, qui pâtit d'un manque de charisme.

Mais au fil des années, ce pragmatique étend son emprise sur le pays le plus peuplé du monde arabe. Il s'appuie sur un redoutable appareil policier, et sur un parti à sa dévotion, pour régner sans partage sur l'Egypte pendant trois décennies.

Avec sa silhouette trapue, sa chevelure toujours drue malgré l'âge et son regard souvent caché par des lunettes de soleil, Moubarak était devenu au fil des ans une figure familière des réunions internationales. Et malgré sa gestion autocratique, il avait les faveurs de l'Occident. Le maintien contre vents et marées des accords de paix conclus en 1979 avec Israël et sa réputation de modéré au sein du monde arabe lui valent d'être considéré comme un allié indéfectible des Etats-Unis, notamment.

Opposant résolu de l'islamisme radical

Autre caractéristique qui lui valait les louanges de l'Occident : son anti-islamisme radical. Moubarak s'est montré un adversaire résolu de ce courant politique, mais sans parvenir à enrayer la montée du mouvement conservateur des Frères musulmans. Ceux-ci sont aujourd'hui officiellement la première force politique d'Egypte.

La politique d'ouverture économique suivie dans les dernières années de sa présidence a par ailleurs valu à l'Egypte une amorce de décollage économique remarqué, mais aussi une aggravation des inégalités, du mécontentement social et de la corruption. Autant de paramètres qui lui voudront d'être renversé en seulement trois semaines par ses opposants au début de l'année 2011.

Pour avoir ordonné le tir à balles réelles sur des manifestants, et ainsi entraîné la mort de 850 personnes lors de la révolte, Hosni Moubarak est condamné le 2 juin à la prison à perpétuité. Immédiatement après le verdict, son état de santé s'est fortement dégradé.