Egypte : une nouvelle loi permet aux autorités de surveiller de près les réseaux sociaux

Cette loi, promulguée samedi, donne désormais aux autorités égyptiennes le droit de surveiller toute personne ayant plus de 5 000 abonnés en ligne. 

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, lors d\'une visite à Khartoum (Soudan), le 20 juillet 2018. 
Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, lors d'une visite à Khartoum (Soudan), le 20 juillet 2018.  (EGYPTIAN PRESIDENCY / AFP)

La surveillance des réseaux sociaux prend de l'ampleur en Egypte. Le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, a promulgué une loi sur la réglementation de la presse et des médias, permettant de surveiller de près certains comptes particulièrement suivis sur les réseaux sociaux, a rapporté Le Journal officiel, samedi 1er septembre. D'après cette loi votée en juillet par le Parlement, toute personne ayant plus de 5 000 abonnés en ligne – sur un site personnel, un blog ou un réseau social – pourra faire l'objet d'une surveillance des autorités. 

Le Conseil supérieur de régulation des médias sera autorisé à suspendre, voire à bloquer ces sites ou ces comptes, s'il juge qu'ils "publient ou diffusent de fausses nouvelles" ou "incitent à violer la loi, à la violence ou à la haine". Ce conseil est connu pour ses diatribes contre les médias étrangers et les programmes télévisés jugés trop connotés sexuellement. 

Jusqu'à deux ans de prison

A la mi-août, le président a promulgué une loi controversée de "lutte contre la cybercriminalité". En vertu de cette loi, les autorités ont la possibilité de bloquer par l'intermédiaire d'un juge tout site dont le contenu constitue "une menace pour la sécurité nationale" ou pour "l'économie nationale".

La nouvelle loi prévoit une peine de prison d'un an, et une amende de 50 000 à 100 000 livres égyptiennes (entre 2 440 et 4 885 euros), pour "toute personne qui accède délibérément ou par erreur, et sans raison valable, à un site, un compte privé ou un système informatique dont l'accès est interdit".

Au moins deux ans d'emprisonnement et 100 000 livres égyptiennes d'amende (4 885 euros) sont également encourus par "tous ceux qui créent, dirigent ou utilisent un site ou un compte privé dans le but de commettre ou faciliter la commission de crimes punis par la loi".

Plusieurs centaines de sites déjà bloqués

En juillet, l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International a affirmé que ces lois, qui étaient alors encore à l'état de projet, portaient atteinte à la liberté d'expression.

Selon l'Association pour la liberté de pensée et d'expression (AFTE), basée au Caire (Egypte), plus de 500 sites d'informations ou d'ONG sont actuellement bloqués en Egypte. Des internautes et des blogueurs, des critiques du gouvernement ou connus pour leurs commentaires ou dessins satiriques ont récemment été arrêtés et placés en détention. Les autorités leur reprochent d'appartenir à des "groupes interdits" et de diffuser des "fausses nouvelles".

Dans un contexte sécuritaire et économique tendu, les autorités égyptiennes affirment de leur côté vouloir lutter contre le "terrorisme" et tout ce qui nuit, selon elles, aux "intérêts du pays".