Egypte : les autorités bloquent l’enquête de la justice italienne sur l’assassinat de l’étudiant Giulio Regeni au Caire

L'Egypte refuse de mettre en cause certains de ses policiers soupçonnés par l'Italie d'être impliqués dans le meurtre d'un étudiant italien en 2016, par manque de "preuves" ont affirmé les autorités.

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Parlement italien à Rome, le 25 janvier 2018, à l\'appel d\'Amnesty International pour marquer le deuxième anniversaire de la mort de l\'étudiant Giulio Regeni, enlevé et torturé à mort au Caire par les services secrets égyptiens.
Des centaines de personnes se sont rassemblées devant le Parlement italien à Rome, le 25 janvier 2018, à l'appel d'Amnesty International pour marquer le deuxième anniversaire de la mort de l'étudiant Giulio Regeni, enlevé et torturé à mort au Caire par les services secrets égyptiens. (CHRISTIAN MINELLI / NURPHOTO)

Début 2016, le corps de Giulio Regeni, doctorant de 28 ans spécialisé dans les mouvements syndicaux, avait été trouvé atrocement mutilé et torturé dans la banlieue du Caire.

Cette affaire avait considérablement refroidi les relations entre les deux pays, Rome accusant les autorités égyptiennes de ne pas coopérer suffisamment dans l'enquête.

Une enquête contre les services secrets égyptiens

Selon les médias italiens, les procureurs italiens chargés du dossier s'étaient rendus fin novembre au Caire et pourraient ouvrir une enquête formelle contre plusieurs membres des services secrets égyptiens. Le gouvernement égyptien a toujours nié l'hypothèse d'une implication de ses services de sécurité.

"Les accusations doivent être fondées sur des preuves et non sur des doutes", a déclaré dans un communiqué l'Organisme général de l'information (SIS, en anglais), le 2 décembre 2018 au soir.

Les procureurs égyptiens et italiens se sont entretenus le 28 novembre 2018 au Caire, selon une source judiciaire citée par cet organisme. Les magistrats italiens ont demandé à leurs homologues qu'ils approuvent "l'inscription d'un certain nombre de policiers égyptiens sur le registre des suspects en Italie", a indiqué la source.

Selon cette dernière, les procureurs italiens soupçonnent les policiers d'avoir recueilli des informations sur l'étudiant Italien. "C'est ce que le parquet général égyptien avait déjà rejeté lors de réunions précédentes avec son homologue italien, a déclaré la source, évoquant une absence d'indices ‘solides.’"

Le Parlement italien veut rompre avec le Parlement égyptien

Fin novembre, le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, avait convoqué l'ambassadeur d'Egypte à Rome pour inciter Le Caire à faire toute la lumière sur ce meurtre. Rome a régulièrement accusé les autorités égyptiennes de lenteur et de manque de coopération dans cette affaire.

Le président de la Chambre des députés, Roberto Fico, a annoncé que la Chambre entendait rompre tout contact officiel avec le Parlement égyptien. L'Italie avait rappelé son ambassadeur en avril 2016, mais un nouveau diplomate a toutefois été envoyé au Caire un an et demi plus tard.

Depuis, le gouvernement italien populiste arrivé au pouvoir en juin, s'est clairement rapproché de l'Egypte. Début 2018, l'Egypte a inauguré en grande pompe le grand champ gazier de Zohr, découvert en 2015 par le géant pétrolier italien ENI.