Tunisie : après la crise sanitaire, la crise économique et sociale menace

Depuis plusieurs semaines, de jeunes chômeurs de Tataouine bloquent certaines routes pour réclamer des emplois dans cette région pauvre et marginalisée du grand Sud tunisien.

Les forces de sécurité tunisiennes se sont affrontées, le 22 juin 2020, pour une deuxième journée consécutive, à des manifestants exigeant des emplois et la libération d\'un militant dans le sud marginalisé de la Tunisie.
Les forces de sécurité tunisiennes se sont affrontées, le 22 juin 2020, pour une deuxième journée consécutive, à des manifestants exigeant des emplois et la libération d'un militant dans le sud marginalisé de la Tunisie. (FATHI NASRI / AFP)

L’armée a été déployée à Tataouine, dans le sud de la Tunisie, où de jeunes chômeurs bloquent depuis plusieurs jours des routes et se heurtent aux forces l’ordre. Les protestataires réclament les emplois promis en 2017 par le gouvernement. Mais le pays est aujourd'hui menacé par la récession économique et l'explosion du chômage.

Inégalités sociales et régionales

Les manifestants arrêtent ponctuellement les camions des sociétés d'exploitation de gaz et de pétrole desservant le site de production d'El Kamour, situé à 160 kilomètres de là, en plein désert. Ils réclament l'application d'accords signés en 2017 avec le gouvernement, promettant des emplois et des investissements. Seule une partie des milliers d'emplois promis, dans des sociétés pétrolières ou des structures d'entretien de l'environnement, a été créé.

Selon le ministère de l'Energie, ces troubles n'ont pas eu d'impact sur la production de pétrole et de gaz, contrairement à 2017, lorsque les protestataires avaient fini par bloquer les vannes des pipelines.

"Un habitant de Tataouine, région la plus touchée par le chômage (28,7%), a quatre fois plus de chances d'être au chômage qu'un habitant de Monastir", zone côtière avantagée, souligne Oxfam, dans un rapport sur les inégalités publié le 22 juin.

Les écarts constatés en termes d’éducation, de santé, de pauvreté, d’infrastructures ou encore d’accès à l’emploi ne cessent de s’amplifier entre, d'un côté, les régions côtières où se concentrent les compétences et opportunités économiques et, de l’autre, les régions intérieures peu industrialisées et cumulant les difficultésOxfamRapport sur les inégalités

Hirak tunisien ?

La police a arrêté une figure du mouvement, Tarek Haddad, dans la nuit du 20 au 21 juin 2020, et tenté de disperser le 21 les centaines de personnes manifestant à travers la ville. Le lendemain, la police a de nouveau procédé à d'intenses tirs de gaz lacrymogènes pour disperser les centaines de manifestants dans le centre de Tataouine, a constaté un journaliste de l'AFP. L'armée a également été déployée devant les établissements de l'Etat, a indiqué le ministère de la Défense.

Dénonçant un recours à la force "excessive et injustifiée" contre les manifestants, la puissante centrale syndicale UGTT a appelé à une grève générale dans cette ville.

Ces troubles interviennent au moment où le Premier ministre Elyes Fakhfakh a averti que la pandémie pourrait coûter sept points de croissance à la Tunisie, faisant passer les projections d'évolution du PIB de +2,7% à -4,3%. Il faut dire que l'activité touristique, principal apport en devises du pays, s'est arrêtée durant deux mois.

Explosion du chômage et de la pauvreté

Le taux de chômage devrait atteindre 21,6% contre 15% il y a trois mois, a annoncé lors d'une conférence de presse le ministre tunisien du Développement, de l'Investissement et de la Coopération internationale, Slim Azzebi.

Exposant les résultats d'une étude réalisée par son ministère sur les effets économiques du Covid-19, en coordination avec le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), Slim Azzebi a révélé que 274 000 nouveaux chômeurs potentiels sont sur le point d'arriver sur le marché local. Le taux de pauvreté pourrait grimper de 15,2% à 19,2% cette année.