Maroc : une explosion sociale prévisible à Jerada

Des incidents ont éclaté dans la ville de Jerada, ville minière du nord-est du Maroc. Les images ont montré des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Ces manifestations, après celles survenues dans le Rif (nord du pays), montrent que les importantes disparités régionales qui persistent au Maroc, malgré la croissance, peuvent poser des problèmes politiques.


Jerada connaît des manifestations régulières depuis la mort de deux mineurs dans un accident survenu en décembre 2017, mais ces dernières étaient jusqu'ici restées pacifiques.
 
Le 14 mars, des manifestants ont mis le feu à cinq véhicules de police et ont affronté les forces de l'ordre, a dit un responsable local. Un nombre indéterminé de policiers ont été blessés et transférés dans un hôpital à Oujda, la principale ville de la région. Neuf personnes ont été arrêtées, ont ajouté des responsables. La tension était montée après que le gouvernement a interdit les manifestations et que des arrestations ont été opérées. 



Jerada a longtemps vécu du charbon mais depuis la fermeture des mines, la situation est difficile. La ville a vu sa population fortement diminuer, preuve que la reconversion ne s'est pas faite. Depuis fin décembre 2017, des manifestations pacifiques se sont succédé pour tenter d'obtenir des alternatives économiques à la seule réelle activité de cette région : l’extraction clandestine de charbon dans les «mines de la mort», où des centaines de mineurs risquent quotidiennement leur vie.

«Depuis 1998, 44 personnes sont décédées. L’Etat doit non seulement trouver une solution économique mais aussi juger les reponsables qui ont plongé Jerada dans cette situation insoutenable», analyse M. Kerzazi, membre de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), dans Le Monde.

Jusqu'à ces derniers jours, la contestation restait pacifique. Les manifestants avaient fait attention à ne pas politiser leur contestation. On était loin de la situation du Rif où le gouvernement avait décidé de fortement réprimer le «hirak», le mouvement de protestation qui avait secoué cette partie du pays. Dans cette région, la répression n’a toujours pas cessé et après l’heure de la police, c’est le temps des tribunaux qui a souvent la main lourde.

Inégalités économiques
Malgré une croissance régulière, le Maroc connaît de fortes disparités régionales. Ce sont dans les régions défavorisées que des crises éclatent. Pourtant, à en croire les statistiques élaborées par le Haut Commissariat au Plan (HCP), la région «Oriental», où se trouve Jerada, n’est pas la plus pauvre du Maroc. Elle se situe même au-dessus de la moyenne nationale, ce qui n’est pas le cas du Rif (Tanger). 


Néanmoins cette région ne contribue qu'à 4,8% du PIB marocain, souligne le HCP qui fait part de disparités de plus en plus importantes entre les régions, soulignait le site marocain Bladi.net. 

Représentativité politique
Mais ces inégalités économiques n'expliquent pas forcément ces soubresauts politiques. Selon la politologue Mounia Bennani-Chraïbi, de l’université de Lausanne, citée par Orient XXI, «depuis la libéralisation politique des années 1990, l’arène protestataire s’est progressivement étendue des métropoles aux petites et moyennes villes, puis aux localités rurales».

Dans la crise de Jerada, le gouvernement affirme «qu’en dépit des efforts déployés par l’Etat pour résoudre les problématiques posées au niveau de la province de Jerada, certaines parties s’obstinent à décrédibiliser ces efforts en tentant par tous les moyens d’exploiter les revendications légitimes exprimées et à inciter la population de manière continue à manifester».

Au lendemain de ces incidents, après de nombreuses manifestations pacifiques,«le ministère de l’Intérieur est-il en train de renoncer au nouveau «management des mouvements sociaux» que les responsables locaux du ministère de l’Intérieur se vantaient encore en janvier de mettre en œuvre ?», s'interroge le site yabiladi.

Les prochaines semaines devraient indiquer quel voie a choisi le Makzhen (le Palais) pour gérer la contestation.