Les Kényans enjoignent au FMI d'arrêter de prêter de l'argent à leur pays

Les affaires de corruption interrogent la politique d'endettement du Kenya. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Une vue générale du siège de la Banque centrale du Kenya, le long de l'avenue Haile Selassie à Nairobi, le 28 novembre 2018.  (NJERI MWANGI / REUTERS)

"Stop loaning Kenya" ("Arrêtez de prêter au Kenya") est devenu depuis quelques semaines un mot d'ordre de ralliement dans l'un des pays qui comptent parmi les plus endettés du continent africain. Avec ce slogan, des internautes kényans ont perturbé le 22 avril une discussion en direct sur le climat sur le réseau social Facebook, à laquelle participait la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Kristalina Georgieva. 

(Les Kényans inondent l'échange en direct du FMI sur Facebook avec des commentaires "Stop Loaning Kenya". L'événement organisé par Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, jeudi soir s'est terminé après 23 minutes.)

Les Kényans ne décolèrent pas depuis qu'ils ont appris début avril que leur pays bénéficierait d'un nouveau prêt du FMI. D'un montant de 2,34 milliards de dollars (255 milliards de shillings), l'aide "est accordée dans le cadre du dispositif de Facilité élargie de crédit (FEC) et de la Facilité élargie de financement (FEP)". "Et elle s'étalera sur une durée de 38 mois ou un peu plus de trois ans. Le montant du décaissement immédiat s'élève à environ 307,5 millions de dollars, utilisables pour le soutien budgétaire", rapporte l'AFP. L'opération est censée permettre de "répondre au besoin urgent de réduction de la vulnérabilité de la dette", selon un communiqué. La vulnérabilité de leur pays face à la dette est justement ce que pointent les Kényans.

Trop de dettes et trop de corruption 

La mobilisation a démarré avec une pétition qui a fait la une des médias nationaux et internationaux. Lancée par un certain Jefferson Murrey, elle réclamait tout simplement l'annulation du prêt que venait de se voir accorder le Kenya. La pétition, qui compte aujourd'hui plus de 234 000 signataires, en avait récolté plus de 150 000 en 24h grâce à une large mobilisation sur les réseaux sociaux. Le texte soulignait que "les prêts précédents accordés au gouvernement kényan n'ont pas été utilisés avec prudence et ont souvent débouché sur des scandales de corruption". Des scandales qui n'auraient pas découragé "l'appétit effréné" du Jubilee Party, le parti au pouvoir, "pour les dettes énormes" contractées "principalement auprès de la Chine". La pétition n'a pas obtenu gain de cause, note le journal kényan The Standard, mais la mobilisation demeure, semble-t-il, intacte. 

Dans un article publié par la BBC (en anglais), le journaliste kényan Waihiga Mwaura a expliqué pourquoi ses compatriotes étaient montés au créneau. "Lorsque le gouvernement actuel a pris le pouvoir en 2013, la dette publique s'élevait à 16 milliards de dollars, elle est aujourd'hui d'environ 70 milliards de dollars, soit plus de quatre fois plus", ce qui représente environ "65%" du PIB kényan. Si le développement des infrastructures est une explication de la croissance de l'endettement, la corruption semble aussi en être une autre. "Une affaire de corruption présumée impliquant l'ancien ministre des Finances Henry Rotich est actuellement devant les tribunaux. Il est accusé d'avoir gonflé un contrat pour un projet de travaux publics de plus de 150 millions de dollars", rapporte Waihiga Mwaura. Le journaliste indique également "qu'au début de cette année, le président Uhuru Kenyatta a laissé entendre que quelque 18 millions de dollars étaient perdus chaque jour à cause de la corruption."

Le pays est aujourd'hui secoué par le scandale Kemsa (Kenya Medical Supplies Agency), du nom de l'organisme public en charge de l'achat des équipements médicaux, notamment pour lutter contre le Covid-19, dans lequel plusieurs milliards de shillings ont été détournés. L'affaire, qui fait l'objet d'une enquête parlementaire, implique plusieurs personnalités kényanes de premier plan. La dernière en date n'est autre que David Murathe, le vice-président du parti au pouvoir. Pendant que leurs responsables politiques semblent se remplir les poches, les Kényans voient, eux, leurs taxes augmenter et craignent que cela ne serve à éponger un endettement dont ils sont loin de bénéficier. Le prix l'essence est déjà à la hausse. Des charges supplémentaires qui passent mal en période de pandémie. Avec sa cohorte de confinements et de couvre-feux, le Covid-19 a plongé de nombreux Kényans dans la précarité.

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