Les changements climatiques et les conflits risquent de déplacer plus d'un milliard de personnes dans le monde d'ici à 2050

Croissance démographique, stress hydrique, insécurité alimentaire, sécheresses et inondations ont fait près de 30 millions de déplacés en 2019. Mais ce n'est qu'un avant-goût de ce qui attend la planète, selon un rapport de l'Intitute for Economics and Peace, rendu public le 8 septembre 2020.

Eleveuse de bétail Fulani à Bemo, au Niger, le 25 juin 2019. La concurrence pour la terre et l\'eau entraîne des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans la région sahélienne. 
Eleveuse de bétail Fulani à Bemo, au Niger, le 25 juin 2019. La concurrence pour la terre et l'eau entraîne des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans la région sahélienne.  (MARCO LONGARI / AFP)

L'accroissement rapide de la population, le manque d'accès à la nourriture et à l'eau et les catastrophes naturelles risquent de faire plus d'un milliard de déplacés d'ici à 2050, selon une analyse des risques écologiques mondiaux menée par l'Institute for Economics and Peace (IEP), un groupe de réflexion indépendant. Ce rapport, rendu public le 8 septembre 2020, regroupe les risques en deux catégories : le manque de nourriture, d'eau et l'accroissement de la population dans l'une, les catastrophes naturelles comme les cyclones, l'élévation du niveau de la mer et la hausse des températures dans l'autre.

Dans ses prévisions pour les 30 prochaines années, l'IEP prédit que 141 pays seront exposés à au moins une menace écologique. Les 19 pays les plus menacés comptent une population combinée de 2,1 milliards d'habitants, ou près de 25% de la population mondiale.

1,2 milliard de déplacés d'ici 2050

Alors que la population mondiale devrait atteindre les 10 milliards d'habitants d'ici 2050, générant une course aux ressources naturelles et alimentant les conflits, le rapport estime que près de 1,2 milliard de personnes vivant dans les zones vulnérables que sont l'Afrique subsaharienne, l'Asie centrale ou le Moyen-Orient pourraient être contraintes d'émigrer.

Le fondateur de l'IEP, Steve Killelea, estime qu'il y a déjà 60% d'eau douce disponible de moins qu'il y a 50 ans. La demande en nourriture est par ailleurs attendue en hausse de 50% dans les 30 prochaines années et les catastrophes naturelles sont vouées à se multiplier en raison du réchauffement climatique. Dans ce contexte, même des pays stables deviendraient vulnérables en 2050.

Les menaces écologiques et le changement climatique posent de sérieux défis à la paix mondiale. Au cours des 30 prochaines années, l'accès insuffisant à la nourriture et à l'eau ne fera qu'augmenter si la communauté internationale ne commence pas de coopérer de toute urgence.Steve Killelea de l'Institue for Economics and PeaceIEP/AFP

3,5 milliards de personnes pourraient souffrir d'insécurité alimentaire d'ici 2050, soit 1,5 milliard de personnes de plus qu'aujourd'hui.

Vingt pays africains très vulnérables

Parmi les pays africains les plus menacés, le rapport pointe le Mozambique, la Namibie, Madagascar, le Tchad, l’Ethiopie, la Tanzanie, le Nigeria, l'Angola, le Burkina Faso, l'Ouganda, le Mali, le Niger... qui souffrent déjà de pénuries de ressources, de faibles niveaux de paix et de taux de pauvreté élevés.

Les cinq pays où l'insécurité alimentaire est la plus élevée sont la Sierra Leone, le Liberia, le Niger, le Malawi et le Lesotho. Plus de la moitié de la population y vit dans l'incertitude d'avoir suffisamment de nourriture pour rester en bonne santé.

Le manque de résilience des pays exacerbera l'insécurité alimentaire et la compétition pour les ressources, entraînant une augmentation des troubles civils et des déplacements massifs, ainsi qu'une croissance des flux de réfugiés dans les pays développés.